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Ses travaux sur l'anesthésie restent remarquables. Si son axiome, le chloroforme pur et bien donné ne tue jamais, est faux, il n'en est pas moins vrai qu'il établit les règles de l’anesthésie générale suivant une formule qui n'a pas varié depuis 80 ans Ses études sur les luxations, sa chirurgie prothétique n'ont que peu vieilli. [| pratiqua, le premier en France, la gastrostomie et en règla la technique. On voit décrit dans sa médecine opératoire, nombre de procédés qu'on retrouve sous d’autres noms que le sien, dans des ouvrages plus récents.
Il fut un chirurgien heureux et il a vécu une belle période de l’histoire de la chirurgie.
Sédillot opère, esprit lucide et clair, il sait pourquoi il intervient, les malades ont été soigneusement examinés et l'observation clinique, que va contrôler l'acte opératoire, n'est-elle pas une forme tangible de la médecine expérimentale. Les guérisons se succèdent avec rapidité dans le service du chirurgien qui intervenait avec une simplicité technique extrême. Le douloureux cortège des misérables, des créatures abandonnées du destin se pressait aux portes du vieil hôpital qui attendait la décision du maître, lourde d'espoir. Il excellait dans les opérations de prothèse faciale, rhinoplastie, palatoplastie, dont les résultats immeé.diatementtangibles produisaientune impression profonde. À u seuil de 1846, c'est l'anesthésie générale : non seulement on guérissait à la clinique de Strasbourg maisla douleur y était bannie, les spectacles barbares, les visions d'horreur et de souffrance disparaissaient dans le lointain brumeux du passé, le chirurgien vraiment était un demiurge, il guérissait et avait supprimé la douleur.
Nommé médecin-inspecteur en 1869, commandeur de la Légion d'Honneur, il quitte l'armée le 7 Janvier de la même année.
Dans une lettre qu'il adresse à Larrey, il se déclare heureux de pouvoir sans préoccupation hiérarchique ou disciplinaire se consacrer à la chirurgie. Quelques mois plus tard il publiait un important mémoire sur la trépanation.
C'est surtout pendant cette période active de sa vie chirurgicale, de 1850 à 1870, que nous retrouvons toute une correspondance de Sédillot à Larrey qui présente un intérêt très réel.
Hippolyte Larrey, fils de Dominique Larrey, héritier d'un nom illustre et difficile à porter, et qui fit une brillante carrière militaire, était un homme méthodique qui classait toutes ses lettres: celles-ci furent léguées au Val-de-Grâce à la mort de Juliette Dodu, sa fille adoptive.
Fils de la belle Elisabeth de Laville, la douce compagne du rude Dominique Larrey, le baron Hippolyte Larrey, homme considérable avait été le chirurgien de Napoléon III.
Dès 1865, l'Empereur présentait des troubles urinaires et Larrey écrit à Sédillot pour lui demander conseil. Nous reproduisons ci-contre la réponse du maître de Strasbourg.
Il est bien difficile d'apporter une claire certitude dans la recherche de la vérité historique. On a épilogué à l'infini sur la maladie du douloureux vaincu de Sedan. Peut-être était-il atteint, comme le pense Sédillot, d'un rétrécissement de l'urètre : en tout cas il présentait déjà une vessie infectée quelques années avant la guerre.
La consultation du |‘ juillet 1870 entre Nélaton, Sée, Ricord et Fauvel, parait avoir confirmé le diagnostic de calcul. C’est en janvier 1875 qu'il succombera à Chislehurst, le lendemain d'une tentative de lithotritie faite par Sir Henry Thomson.
Après avoir donné ses soins à nos blessés à Haguenau en 1870, Sédillot rentre à Strasbourg, désemparé. Après la guerre il ne voulut pas accepter l'hospitalité fraternelle de la Faculté de Nancy, il vint habiter Paris et cet homme à la prodigieuse activité n'opéra plus jamais.
Membre de l'Académie de Médecine depuis quelques années il fut nommé membre de l'Académie des Sciences en 1872, ce qu'il avait beaucoup désiré. Il continua à travailler, présenta une édition nouvelle de ses cliniques et de sa Médecine opératoire et publia un livre bien curieux intitulé: « Du Relèvement de la France» qui contient un grand nombre d'idées originales.
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Fig. 72. — Fragment d’une lettre adressée au baron Hippolyte Larrey
par SÉDILLOT, au sujet de la maladie de Napoléon III.
(Fonds Juliette Dodu - Archives du Val-de-Grâce)
Mais à cette période de sa vie son grand mérite est d’avoir été un des défenseurs de Pasteur devantles cénacles académiques. qui accueillaient les découvertes immortelles de ce dernier avec un enthousiasme très relatif.
Les vérités les plus claires ont quelquefois bien du mal à apparaître à la lumière, et quand avec le recul du passé, dans le calme et l'apaisement des passions éteintes, on relit les discussions qu'entrainèrent les communications de Pasteur devantlestribunes médicales, on est amené à reconnaître qu'elles ne sont pas toujours à l'honneur des savants officiellement consacrés par les pompes académiques. Cet accueil exempt d'énthousiasme ne fut pas du reste réservé au seul Pasteur. Le jour ou Villemin, modeste médecin militaire à Strasbourg, dont on ignorait le nom et les travaux, vint devant l'Académie de médecine présenter son premier mémoire sur la spécificité de la tuberculose, il ne s'en fallut de peu qu'on ne le traitât comme un perturbateur de l'ordre médical rapporte Vallery-Radot. Idée de spécificité, idée funeste, disait Pidoux qui, dans son habit bleu à boutons d'or, et drapé dans sa réputation presque aussi grande à Paris qu'aux Eaux Bonnes, apparaissait dans son costume et dans son langage, comme un représentant de la médecine traditionnelle.
La tuberculose proclamait-il, mais n'est-ce pas l’aboutissant d'une foule de causes diverses, internes et externes, et non le fruit d'un agent spécifique toujours le même. Appliquer ces doctrines aux maladies chroniques, nous condamne à la recherche de remèdes spécifiques ou de vaccins et tout progrès est arrêté. La spécificité immobilise la médecine. Davaine fut accueilli avec un enthousiasme égal, le jour où parlant des travaux de Pasteur, sur le ferment butyrique il rapprocha le rôle de ce dernier, de celui de certains parasites visibles sous le microscope et qu'il avait trouvés dans le sang d'animaux morts du charbon. Chassaignac, dont le nom restera attaché à l'histoire du drainage chirurgical, et qui du reste, sans se rendre compte du rôle bienfaisant de son geste, badigeonnait la peau de ses opérés avec une solution de nitrate d'argent, stigmatisait cette chirurgie de laboratoire, qui
disait-il, faisait périr beaucoup d'animaux et sauvait très peu d'hommes; il ajoutait, afin de marquer la distance entre les expérimentateurs et les praticiens, et de rappeler à la modestie, ceux qui pouvaient être tentés de proclamer trop vite une découverte, qu'il fallait bien savoir que tout ce qui sort du laboratoire devait être circonspect, modeste, réservé tant que la découverte n'avait pas reçu la sanction des longues et patientes recherches des cliniciens. I] terminait en proclamant qu'il serait vraiment trop facile de tout ramener dans la pathologie à une piqûre d'aiguille et à une goutte de sang sous le microscope.
À l'Académie, on répondait aux preuves expérimentales par d'harmonieuses périodes oratoires, et Piorry, clinicien solennel qui portait le poids de sa réputation pour en paraître certains jours comme accablé, trouvait aux expériences de Villemin une explication très simple. La matière tuberculeuse, déclarait-il, mais n'estce pas autre chose que le pus qui a subi des modifications nombreuses et variées. Et voilà pourquoi votre fille est muette.
Et cependant quelle évolution formidable et rapide devait être celle de la chirurgie après les intuitions méconnues d'Holmès et de Semmelweis, celles du médecin landais Hameau, les recherches de Davaine, les découvertes de Pasteur, qui élu à l’Académie à une seule voix de majorité, devait se préparer à de rudes batailles.
Il y avait eu certainement, à Strasbourg, des relations officielles entre le recteur de l’Académie, Laurent, arrivé en 1849, dont Pasteur avait épousé la fille, et le professeur de clinique qui depuis dix ans était l'homme le plus en vue de la Faculté ; mais il semble que ces relations se bornent là. Le séjour de Pasteur à Strasbourg ne dura du reste que quelques années, puisqu'en 1854 il était nommé professeur, puis doyen de la Faculté de Lille. C'est beaucoup plus tard, en 1878, à Paris, que le vieux maître, auréolé de lauriers académiques, lut à l’Académie des Sciences une note intitulée : « De l'Tnfluence des fravaux de monsieur Pasteur sur les progrès de la Chirurgie ». Dans ses communications antérieures, Pasteur avait prévu les règles, qui depuis sont restées immuables, de l’antisepsie et de l'asepsie, mais l'exposé de ces faits éclatants rencontrait des
incrédules, des aveugles qui ne voulaient pas voir. En revanche, sil avait des adversaires irréductibles, le maître avait rallié à sa doctrine ceux qui avaient au cœur l'amour de la vérité et l'horreur des paroles vaines. Sédillot était de ceux-là. Le 11 Mars 1878, c'est-à-dire quelques jours avant la communication cruciale de Pasteur, Joubert et Chamberland, ce vieillard de 76 ans plein d’un enthousiasme juvénile, prévoit la transformation considérable que vont produire les recherches nouvelles dans l'évolution de la chirurgie. Les organismes décrits par monsieur Pasteur portent, dit-il, différents noms, microzoaires, microphytes, microgènes, micrococci, microzymas, bactéridies, vibrions, qui devaient être en partie réformés.
Le mot microbe w1y006, petit Bios, vie ayant l'avantage d'être plus court, d’une signification plus générale, et mon ami M. Littré, le linguiste de France le plus compétent l'ayant approuvé, nous l'adoptons. La démonstration des microbes et de leur rôle, dont l'Académie a été le juge et le témoin, a jeté une vive lumière dans les obscurités où s'égarait la chirurgie.
L'enthousiasme de cet homme a vraiment un caractère grandiose. Au soir de la vie, au moment où le vieillard sent se rapprocher chaque jour l'heure marquée par le destin, il avait conservé sa foi dans la science et l'enthousiasme de sa jeunesse ardente. Cela a véritablement un caractère de grandeur qui dépasse l'humanité moyenne.
Pasteur en pleine vigueur intellectuelle (il avait alors 56 ans) fut profondément touché des marques d’attachement que lui prodiguait Sédillot, d'autant plus que la critique n'avait pas désarmée, et que Colin, d'Alfort, ne cessait à l’Académie de le harceler de ses objections acerbes, et qu'à la Société de Chirurgie, on vantait encore les bienfaits du cataplasme et du cérat. Il lui adressa à la suite de cette communication la lettre que nous reproduisons.
Paris, ce 19 mai 1881.
« Cher et illustre Maître,
« Voulez-vous bien me permettre de publier (et de dire que c'est avec votre autorisation que je le fais) la lettre par la quelle M. Littré a approuve
le mot de microbe, proposé par vous: afin de faire taire les scrupules plus ou moins intéresses de certaines personnes.
« Veuillez agréer, avec les souhaits que je forme ainsi que tous vos confrères, pour le rétablissement de votre sante, l'hommage de mon respect
le plus profond et le plus affectueux. »
ÉBrE s L. PASTEUR.
P.-S. J’ai conservé la copie de la dite lettre. Pas n’est besoin que vous la recherchiez.
En 1880, Sédillot présente une première hémorragie cérébrale qui détermine une hémiplégie ; il devait faire une communication à l'Académie des Sciences sur la médecine hippocratique, travail qu'il avait commencé depuis longtemps et qu'il venait d'achever. Amélioré au bout de quelques semaines, il écrit à son ami Larrey en le priant de le remplacer à la séance de l'Institut et de présenter sa communication en son nom. Cette lettre douloureuse, malhabile, aux caractères hachés, imprécis, écrite probablement de la main gauche, est la dernière du fonds Larrey. (Val-de-Grâce).
Dans le même temps, Littré achevait dans sa maison du 44 de la rue d’Assas, une vie douloureuse, dont les souffrances incessantes n'étaient calmées que par le travail.
Ces deux grands humanistes eurent une attitude devant la douleur qui dépasse de loin les gestes des stoïciens.
Charles-Emmanuel Sédillot mourut en 1883 chez son fils à Sainte- Menehould. Il repose au cimetière Montparnasse.
Sa vie peut être donnée en exemple à ceux qui pensent que le véritable bonheur consiste dans le travail et la recherche inlassée
de la vérité.
J. de FOURMESTRAUX.
te Gérant : H. RICHARD. X-1933 H, Rico, 161 Rue VenoÔuE, &von
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