‹ Charles van LerbergheChapitre 16 sur 17 · III · texte numérisé non relu

III

balbutiements, car j*irai plus loin qu'Elskamp. Inutile d'ajouter que je n'étudierai ni Hugo ni Milton. Puisse tout cela ne pas vous scandaliser. Voici le sujet du premier poème, à demi achevé :

Aube du paradis. Paysage où rien ne se distingue encore, sorte de fleur immense et confuse qui s'ouvre lentement (facile à dire, mais, pour l'écrire, je ne connais jusqu'ici que Mallarmé dans le début de V Après-midi d'un Faune qui ait su donner une pareille impression).

— Eve est là (description soignée). Elle est toute chose et ne sait que dire ; elle ne rêve pas même, « le monde rêve en elle ». Elle est plus biche que les biches, mais elle est tout à fait splendide. Elle cherche sa chanson, car voilà enfin que le monde qui atteint en elle son dieu, va s'exprimer pour la première fois. « Sa bouche est une fleur qui s'ouvre pour chanter! » Dieu lui vient en aide et lui dit : Donne à toutes ces choses un nom selon leur essence et leur ressemblance. Et Eve s'en va par les allées, créant pour les choses des paroles, les unes d'après elle, les autres d'après Dieu, et selon toutes sortes de simi-

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litudes comme en trouvent les enfants et les sauvages : Chose qui fuit, chose qui vole, chose que touche, baiser de ma bouche, etc., etc. La dessus la nuit tombe, Tapparition du monde s'efîace et Eve se tait, et tout se tait comme à Tlieure où le rossignol va chanter. C'est alors que tout à coup sa voix s*élève. Eve chante.

Elle redit simplement, un à un, les mots qu'elle a créés. Elle redit comme une prière devant Dieu ses premières paroles en sa première chanson.

Je vous recommande la discrétion absolue auprès des poètes sur cet admirable sujet que tout le monde serait tenté de me voler, quoiqu'il n'y ait que moi pour le traiter avec maîtrise.

(24 juillet 1899.)

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