I. Édit. Delangle, année 1829, p. 3o
ET SAINTE-BELVE 20
la laisser épouser à un autre? — En vérité je crois qu'elle me préfère. Comme elle rougissait à chaque instant, et me regardait avec une langueur de vierge amoureuse, quand sa mère me parlait de l'épouseur qui s'était présenté et tâchait de me faire expliquer moi-même! Comme son regard semblait se plaindre et me dire : ô vous que j'attendais, me laisserez-vous donc ravir à vos yeux, lorsqu'un mot de votre bouche peut m'obtenir 1 Aussi qu'allais-je y faire durant de si longs soirs, depuis tant d'années ? Pourquoi ces mille familiarités de frère et de sœur... et ces lectures d'hiver au coin du feu, en tête à tête avec elle, près de sa mère sommeillante?
Nathalie Oudot n'écouta que la voix de la raison. Elle n'eut pas à se repentir d'avoir donné sa foi au capitaine Vertel. Nous en avons la preuve dans une liasse de billets jaunis par le temps que, à tous propos, pendant les années 1826, 1827 et 1828, soit à Briançon, soit a Metz, où le jeune ménage tenait garnison, Nathalie adressait à son mari. Un jour (billet daté du mois de mars 1826), elle lui écrit : « Je souhaite bon appétit à M. l'officier de garde; je me