RÉPARATION D'INJUSTICE
distribution de timbre : « Honte éternelle, écrit-il dans son Journal le 30 septembre 1865, aux gens heureux auxquels aucun confortable ne manque et qui ont trouvé dans leur cerveau cette belle idée de réduire au besoin de pauvres veuves en leur retirant un emploi donné à titre de récompense pour les services civils ou militaires de leurs maris. On ne doit pas reprendre ce qu'on a donné. »
(( Honte éternelle! » Lus à un demi-siècle de distance, ces mots paraissent évidemment excessifs. Surtout ils étonnent sous la plume d'un homme aussi doux, aussi patient, aussi optimiste et aussi respectueux des actes de l'autorité. Mais ils sont bien excusables si on considère la détresse qu'ils criaient et l'injustice qu'ils dénonçaient.
Dix-huit mois plus tard, d'ailleurs, l'injustice était réparée. Mme Vertel annonce cette réparation à Sainte-Beuve, dans une lettre du 14 février 1867.
La justice est encore sur la terre, écrivait-
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elle flans un style que l'émotion rend successivement enthousiaste, embarrassé, et même assez décousu : ma demande réparatrice de la perte prématurée de mon bureau a été entendue : et, par décision du 24 janvier dernier, j'ai obtenu un débit de tabac dans le beau pays des Alpes-Maritimes, à une demi-heure de Nice, dans la localité de Gagnes : son produit est de I 192 francs. Ne pouvant aller être moi-même ma débitrice {sic)y mon revenu sera modique; mais ma pensée n'en est pas moins consolée par le résultat. Et quoique bien rarement nous puissions verbalement échanger des paroles amies, votre pensée, en s'arrêtant un moment sur la satisfaction de la mienne, voudra me féliciter. Et aussi, comme toujours, en recevant ce mot d'écrit qui nous rapprochera, en le lisant avec cette attention qui seule part du cœur, nous serons contents. Vous devez l'être beaucoup, cher Monsieur; à vous seul, il est donné d'occuper une place d'honneur dans tous les journaux. Et l'on se dit alors : Je connais M. Sainte- Beuve. Mon portrait de jeune fille, qui est si doux, a contribué à la satisfaction de ma vieillesse. Que Dieu et ma mère soient remerciés, puisque, par votre poésie aussi, Monsieur Sainte- Beuve, ma jeunesse gracieuse devait être honorée.
Le lendemain même, Sainte-Beuve répond (15 février 1867).
Chère Madame et amie, je suis vraiment heureux de ce que vous me dites. Si peu de ces choses justes et bonnes réussissent que, quand cela arrive, il faudrait illuminer. Je vous félicite et je félicite surtout ceux et celui qui ont eu pouvoir et volonté du bien. J'ai été malade depuis plus de deux mois et ne suis plus qu'un invalide, mais c'est assez encore pour vous offrir mes vœux de cœur et mes vieux sentiments. Amitiés à votre fils. — Sainte-Beuve.
A partir de celte réparation — à laquelle, semble-t-il, Sainte-Beuve, sénateur depuis 1865, n'avait pas été étranger^ — la vie semble moins difficile à Charles Vertel et à sa mère. Le Journal de Charles ne fait guère allusion qu'aux nombreuses visites que, t^e compagnie, la mère et le fils se plaisaient à faire ou à recevoir. L'exposition universelle de 1867, les menus incidents qui rompaient la monotonie de son existence méthodique et réglée de fonctionnaire zélé, quelques rares promenades