CHAPITRE VII
LE SIÈGE ET Lk COMMUNE DE PARIS MORT DE NATHALIE VERTEL
Au milieu du mois de juillet 1870, laguerre franco-allemande éclate. Il est curieux de noter que pendant quinze jours le Journal de Charles Vertel ne fait aucune allusion à cet événement capital. Bien plus, une lettre de sa mère, datée du 26 juillet, sans contenir trace des préoccupations qui commençaient à absorber toutes les pensées, remercie Charles des vœux qu'il lui a adressés à Toccasion de sa fête.
Que ce soit pour votre mémoire de bon fils, disait-elle, un souvenir précieux que celui du bonheur que vous avez voulu me faire éprouver
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aujourd'hui. C^est en pleurant que je vous dis merci. Tout ce qui est bien fait, tout ce qui est joli, tout ce qui est gracieux, tout ce qui est moral surtout vivifie mon sang.
C'est seulement le 2 août que le Journal de Charles commence à parler de la guerre. 11 signale ce jour-là trois événements d'inégale importance : le ravalement de la maison de la rue Keller, un poème sur le percement du mont Cenis par le porteur du Journal des Débats et l'envahissement de l'Alsace par les Prussiens. A partir de ce moment, la lecture du Journal de Charles fait revivre les émotions par lesquelles il passe. (( Maman se ressouvient de 1814 », écrit-il, le 4 août. ï Maman est affreusement affolée : elle croit que je vais partir pour la guerre » porte la relation le 10 août.
Le lOaoût, eneff'et, l'impératrice régente promulguait une loi dont l'article 2 appelait sous les drapeaux pendant la durée de la guerre « tous les citoyens non mariés ou veufs sans enfants, ayant vingt-cinq ans
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accomplis et moins de trente-cinq ans qui ne figurent pas sur le contrôle de la garde mobile^ ». Cette disposition, qui ne contenait aucune exemption au profit des fils de veuves, était menaçante pour Mme Vertel. Ses angoisses durèrent dix jours. Le 19 août, une circulairedu comte de Palikao, ministre delà Guerre, destinée à assurer l'exécution de la loi du 10 août précédent, enjoint aux autorités de laisser dans leurs foyers « les hommes qui justifieront de leur droit à l'exemption ou à la dispense prévues parles lois du 21 mars 1832 et du l'' février 1868 », c'est-à-dire notamment les fils de veuves. Charles peut donc rester auprès de sa mère. Mais le devoir commandait-il pareille inaction ? Les nouvelles qu'on recevait ; les spectacles auxquels on assistait; les exemples que son grand-père et son père avaient donnés, tout cela l'incitait à en sortir; les ordres de sa mère auxquels il
i. Journal officiel de VEmpire français, 11 août 1870.