MARIAGE DE CHARLES VERTEL
mêlés aux menus événements de cette période pour qu'il lui soit permis de s'y appesantir. Enfm, il n'est plus sur cette période de documents intéressants dont la divulgation justifie de longs développements.
Ce serait d'ailleurs méconnaître la simplicité et la modestie de Charles Vertel que de lui élever un monument hors de proportion avec le rôle volontairement effacé qu'il a joué. La piété filiale doit savoir, à l'occasion, avoir ses pudeurs et ses discrétions. Gomme le disaitun jour finement Léon XIII, <c le zèle est insupportable sans l'esprit de discernement » .
Durant la période qui s'écoule depuis le décès de sa mère jusqu'à sa propre fin, on peut dire que Charles Vertel a trouvé sa voie. D'un optimisme que rien ne déconcerte, toujours porté à trouver que tout est pour le mieux et naturellement enclin à se contenter de peu, il était né pour être heureux; il méritait de l'être : il le fut.
Au lendemain de la mort de sa mère, il avait pris une résolution dont son Journal
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erarde la trace en ces termes à la date du 6 août 1875 : « Résolution prise; je veux rester une année dans l'appartement de maman, me marier ensuite. » Cette résolution fut mise à exécution dans le temps qu'il s'était fixé. Le 31 janvier 1877, il épousait Mlle Marie Herbel. Pour prédire ce que serait cette union, il suffisait de savoir que celle dont Charles avait fait choix comme épouse avait les mêmes qualités et était passée par les mêmes vicissitudes que lui. Mlle Marie Herbel, ayant le même âge que Charles Vertel, avait, comme lui, voué sa jeunesse à sa mère, morte comme celle de Charles Vertel l'année précédente. Elle était bonne et compatissante, comme Charles Vertel. Commelui, elle avait connu bien des tristesses. Comme lui, elle ne demandait qu'à les oublier et à remercier Dieu de les faire cesser. Comme lui, elle était d'une nature disposée à l'indulgence et à l'optimisme. S'il fut une union bien assortie, ce fut celle-là. C'était, d'ailleurs, ce que devaient penser les amis des deux
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époux qui assistaient en grand nombre à leur mariage à Saint-Merri. ce A la sacristie, note le Journal de Charles Vertel, c'est une véritable ovation qui nous est faite. » Et cette constatation est suivie de la délicieuse réflexion suivante : « Pardon de mon peu de modestie. »
Presque quotidiennement le Journal de Charles Vertel témoigne de la douceur de vivre qu'il éprouvait à sa nouvelle existence. Ce n'est pas trahir les secrets qu'il exprime, ni lever inconsidérément le voile respectueux dans lequel les âmes sœurs tiennent d'autant plus à envelopper leurs affections que celles-ci sont plus sincères, que d'affirmer que le seul chagrin que Marie Herbel ait jamais causé à Charles Vertel fut de mourir. Le 11 mai 1895, le Journal de Charles Vertel contient les lignes suivantes! (c Tout est fini. Me voilà privé de ma si bonne et si dévouée compagne; dixhuit ans de bonheur si parfait! 0 mon Dieu, pourquoi avez-vous séparé deux cœurs qui s'aimaient, s'estimaient et se comprenaient
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si bien. Je m'étais dit en me mariant : celle qui a été bonne pour sa mère, le sera pour son mari. Quelle perte pour notre chère Antoinette qui n'a que quatorze ans! Le coup est terrible pour elle aussi. Je sais qu'au fond de son cœur la blessure existe pour longtemps. »
Le coup était dur pour Charles Vertel.
Comme si sa propre existence était terminée, il arrête à cette date et avec ce triste événement \e Journal qu^il tenait quotidiennement depuis le 1^' septembre 1851. Mais il avait une raison de survivre à celle qu'il pleurait : l'éducation de l'orpheline qu'elle lui laissait.
Comme il s'était dévoué d'abord à sa mère, puis à son épouse et qu'il semblait qu'il ne pourrait pas vivre s'il n'était quelqu'un à qui il se dévouât, il se dévouera à sa fdle.
Non que le souci de celle-ci — qui trouvait d'ailleurs dans la sœur de sa mère, Mme Bremare, une seconde mère — ait absorbé tout ses moments. Egalement élo
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gné d'une tristesse exaltée et d'une indifférence maussade, sachant dans les pires conjonctures garder l'équilibre qui sied aux esprits pondérés et aux âmes fortes, il fait un heureux partage de sa vie entre ses devoirs professionnels, des travaux littéraires, des œuvres de charité, ses amis et sa famille. Il fut fidèle à sa profession jusqu'au moment où son ministre le mit à la retraite. Le 30 janvier 1904, après quarante-huit ans de services ininterrompus, ilrecevaitau bureau modeste et obscur qu'il occupait à l'entresol, bas de plafond, du ministère des Finances, comme commis principal de première classe à la direction de l'enregistrement, les adieux émus de ses camarades et de ses chefs. Les sympathies qui lui étaient témoignées le dernier jour où il exerçait ses fonctions lui valaient toutes les récompenses. On avait négligé de demander la croix pour un si bon serviteur. Ce n'est pas lui qui se serait plaint de cet oubli, qu'avec son indulgence et sa modestie coutumières il trouvait très naturel.
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Et cependant quelle somme de travail il a fournie à l'administration pendant près d'un demi-siècle! Placé au bureau du personnel, ayant dans ses attributions la répartition du courrier, l'expédition des congés, l'envoi des circulaires et la confection des statistiques, il prenait un vif intérêt à cette besogne d'apparence matérielle. André Theuriet — qui avait fait partie de l'administration de Tenregistrement — a dépeint cette besogne dans un de ses ouvrages, les Jours d'été.
Ma besogne, écrit-il, consistait dans « la suite et la surveillance du travail )) des agents d'une vingtaine de départements. Sous la revision de mon chef et de mon administrateur, j'examinais les rapports des employés de la province, j'appréciais les résultats de leurs recherches et de leur contrôle, et je distribuais avec impartialité l'éloge ou le blâme. Il y fallait du tact et du flair ; mais, en somme, ce n'était pas la mer à boire. Au bout de quelques semaines, j'avais acquis le tour de main nécessaire pour rédiger avec concision et mesure les brèves réponses qu'on envoyait dans les départements. Sauf