ALFRED B A R R I O N
CHARLET
Qu’il nous soit permis de répéter eu tête de cette étude ce que nous disions 1 an dernier, à l'occasion de cette inoubliable exposition des œuvres de Raffet, qui fut le point de départ d’une souscription pour élever un monument au peintre : « Jamais artiste ne mérita mieux que Raffet la publique glorification qu'on lui prépare. Mais ne vous semble-t-il pas qu’en cette circonstance il eût été possible, qu’il eût été juste, de joindre au nom de ce grand artiste celui de Chariot, l’auteur du Grenadier de Waterloo et de la Retraite de Russie... le peintre si gaulois du soldat français, le spirituel humoriste, le profond observateur qu’Eugène Delacroix, un de ses plus fervents admirateurs, place à côté de Molière et de La Fontaine? L’occasion était belle pour rendre du même coup un public hommage à ces deux glorieux frères d’armes, dont l’un fut le maître et souvent l’inspirateur de l’autre, et qui vouèrent également leur vie entière au culte passionné du même idéal. » — Et, à travers nos regrets, nous assistions à une manifestation
CHARLET
populaire, toute de rêve, mais d’une réalisation bien facile.
C’était dans le quartier même de l’École militaire, au milieu du peuple des soldats. Un monument, d'un symbolisme très simple, s’élevait en pleine lumière. Il se composait d’une colonne ornée de deux médaillons encadrés de lauriers de bronze : les portraits des deux artistes. De chaque côté de la colonne, comme des sentinelles chargées de la garde éternelle des glorieuses images, se dressaient un cuirassier, spectral sous son long manteau, son épée nue à la main, le cuirassier de la Revue nocturne..., et un grenadier géant à la lourde moustache, au sourire goguenard , appuyé sur son fusil. Puis, au chant des clairons et des trompettes, au bruit des tambours, cavaliers et fantassins passaient fièrement devant le monument élevé à la mémoire des grands peintres du soldat, et les fanions et les drapeaux
s’inclinaient devant les
figures
épiques des ancêtres. Cette fête militaire eût été, croyons-nous, d’un grand effet, et c’était bien la suprême apothéose digne des deux illustres artistes.
Au lien de cela, on a cru devoir décider que le monument de Raffet s’élèverait dans le jardin de l’Iufante, derrière une grille, à l’ombre écrasante et froide du Louvre... A vrai dire, cette détermination nous afflige.
Mais à quoi bon s’attarder dans des regrets superflus?
Aujourd’hui, la Société des artistes lithographes français prépare une exposition des œuvres principales de Charlet et organise une vaste souscription pour lui élever un monument. C’est là une très heureuse initiative et bien digne d'être encouragée. Le comité
CRARLET.
aurait, nous dit-on, l'intention de demander à la ville de Paris l’autorisation d’ériger le monument en plein quartier militaire, au rond-point de l’avenue de lia Motte-Picquet. Voilà bien l’endroit rêvé, et nous serions surpris si la municipalité parisienne ne s’empressait de faire droit à cette requête, rendant ainsi hommage à la mémoire d’un des plus glorieux enfants de Paris. Car c’est au cœur même de Paris que naquit Nicolas-