‹ Charlet et son œuvreChapitre 2 sur 17 · LE PETIT CAPORAL · texte numérisé non relu

LE PETIT CAPORAL

Toussaint Charlet, « de parents pauvres maisonnettes », comme il l’a écrit lui-même sur le frontispice d’une suite de dessins et de croquis à la plume reproduits en fac-similé en 1846. Dès sa première jeunesse, il connut toutes les tristesses de la pauvreté. Mais il trouva toujours dans sa gaieté naturelle, dans sa joyeuse philosophie, une continuelle sauvegarde contre l’infertile découragement. Il était encore tout enfant lorsqu’il perdit son père, dragon de la République, qui lui laissa pour tout héritage (c’est notre artiste lui-même qui nous l’apprend) : une culotte de peau et une paire de bottes un peu fatiguées par les campagnes de Sambre-et- Meuse, et aussi son décompte de linge et de chaussures, lequel s’est monté à neuf francs soixante-quinze centimes. Fort heureusement sa mère, dont il ne parlait jamais sans une émotion profonde, se dévoua tout entière à son éducation. Elle

le plaça d’abord à l’école des enfants de la patrie, puis au lycée Napoléon. Mais les faibles ressources de l’excellente femme furent bien vite épuisées, et Charlet, désireux de venir à son tour en aide à sa vieille mère, écourta brusquement ses études pour occuper un petit emploi dans une des mairies de Paris. D’ailleurs il ne put conserver longtemps cette modeste situation à cause de ses opinions bonapartistes. Eu 1814, nous le trouvons à la barrière deClichy, mêlé à la foule des braves qui, sous le commandement de Moncey, venaient opposer une vaine et suprême résistance à l’invasion. Sur sa manche brillaient les galons de sergent-major de la garde nationale. Il se battit comme un lion, en digue fils d’un dragon de la République, et fut, pour sa belle conduite, nommé capitaine en second de sa compagnie1. C’était le commencement et la fin de ses exploits militaires. L’Empire tomba. Charlet déposa les armes. Dès lors, il n’ent plus qu’un rêve : ce fut de raconter à son tour les hauts faits de tous ces soldats de l’Empire» de ces terribles grognards, de tous ces joyeux compagnons du « camp de la lune », dont il put voir se redresser près de lui les épiques débris à la barrière de Clichy, au milieu de la fumée de la bataille. Il n’oublia pas non plus ces intrépides Marie-Louise qu’il

1. Charlet, qui écrivait comme il dessinait, sous l’impression du moment, a laissé sur des garde-mains souvent couverts de croquis et d’estompades, des notes rapides où il raconte sous une forme très humoristique quelques faits curieux de cette époque héroïque de son existence : « Qui ne se souvient de ces premiers jours qui suivirent la révolution de Juillet! Quelle ardeur, quelle joie, que d’espérances ! On s’assembla ; j’étais de la deuxième légion ; j’y avais servi cordialement, ci viquement, comme sergent-major, pendant treize ans : j’étais une des figures historiques du bataillon, commandé en 1814 par un homme plein d’honneur et de courage, M. Odiot. Il nous avait fait faire notre devoir, et, avec une poignée de

14 CHARLET

CIIARLET.

a si pittoresquement représentés sous la longue capote du soldat Hutinet, « fusilier de la 3e du 2e de la 24e... et dans des planches devenues si populaires, qui s’appellent le Premier coup de feu et le Second coup de feu... Au commandement de pas d' observation... Une histoire de tranchée... Les Français ne supportent point V humiliation... etc., etc., estampes célèbres, dont le nombre considérable atteste combien fut laborieuse la vie de Charlet1 et dont l’ensemble forme comme un vaste poème militaire qu’illumine toujours un rayon

Page 1