VALENTIN VEUT SE SUICIDER L'ARME AU BRAS. Valen
tin r sous l'empire d'une digestion laborieuse, et la tête troublée par les vins du père Guilledoux, se laisse aller aux idées noires: Quoi? se dit-il , moi, le fils d'un jésuite ! jamais II... allons , c'est fini... je ne puis reparaître à la compagnie... — Ce brave garçon allait sauter dans le canal, quand arrive le sergent Maneille qui le retient et parvient à lui faire entendre raison. Litreman , le vinicole , tombé près d'un arbre , rêve à la situation de la France.
947. — 34. MORALE DU SERGENT MANEILLE. Le vieux sergent adresse
ces paroles à Valentin , assis au pied d'un arbre et les bras croisés, absorbé dans ses réflexions: Valentin, écoute; j'ai usé plus d'une semelle sur le chemin de l'adversité , et me suis toujours dit : Il y a un Dieul bienl il me donne la vie! fort bien ! je la puis sacrifier pour ma patrie , très-bien II/. . . Mais le suicide , ô c'est une lâcheté/ Quoi , parce que tu es le fils d'un jésuite? Eh! mon Dieul il en fourmille , et de toutes les couleurs, et des civils et des militaires , des jésuites II... S'il fallait qu'eux ou les leurs se noyassent ! s'asphyxiassent ! ou se suicidassent! mais la Seine n'aurait pas assez d'eau, ni les mines de Saint-Bérain assez de charbon pour détruire cette adroite portion de l'espèce humaine... Allons! Valentin, reprends ton équilibre social!... et si la mort est le sommeil éternel , couche-toi le plus tard possible.
{Observation de l'éditeur.) Le sergent se trompe , les mines de Saint-Bérain ne fournissent pas de charbon.
948. — 35. Valentin au camp de Wilrich, où le sergent Maneille
offre à l'auteur* (Ch&rlet) le bouillon de l'hospitalité en disser-
tant sur le mérite des femmes. Charlet, assis sur un tronc d'arbre, prend son bouillon, tout en prêtant, attention au vieux sergent. Celui-ci, un brûle-gueule à la bouche, exprime ainsi sa théorie sur le mérite des femmes. Il n'appartient pas, comme nous allons voir, à l'école de Legouvé : Moi , je suis un vieux matérialisme ; je n'apprécie le mérite de la femme qu'à la qualité de son bouillon... Je sais que le sexe me fera une émeute pour ce principe... mais je le déduis de ce qu'il est nécessaire que l'aimable moitié de nous-même soit particulièrement versée dans le pot au feu et le degré de cuisson de la légume y dans l'intérêt et pour la stabilité du principe constitutionnel.
Gharlet, en recueillant les maximes du vieux sergent, ajoute en note : Quelle atrocité I quelle ignobilitél... (Exclamation de ma voisine, M119 de Sainte - Ermance , auteur d'Irma , ou les Combats d'un Cœur vertueux ; 6*W. in- 8°; Paris Ernest Bourdin ) .
949. — 36. YALENTIN SE COUVRE DE GLOIRE. On le voit croisant la
baïonnette contre deux soldats hollandais : Halte-là , lands-
manns ! hollandisches l . . . vous prisonnires , ou j 'pique II
Le 12 décembre, les Hollandais firent une sortie et furent promptement refoulés. Dans cette action, Valentin se précipita sur l'ennemi et fit deux prisonniers. Quelques instants après, il reçut un éclat d'obus à la jambe droite, ainsi qu'on le verra dans le chapitre suivant.
Charlet met en note : Le Français a toujours piqué et piquera toujours. (Réflexion de mon ami François Villain , imprimeur sans caractère.)
950. — rrr. Première idée de la pièce précédente. Croquis, en t.,
sans encadrement. Valentin, à gauche, a derrière lui plusieurs soldats français; adroite, au premier plan, les deux Hollandais ; le premier dans une position analogue à celle de l'estampe précédente; le deuxième, indiqué seulement jusqu'à la ceinture, a les mains jointes.
951. — 37. YALENTIN RAMÈNE SES PRISONNIERS. Blessé à la jambe
droite par un éclat d'obus et ne pouvant plus se soutenir , Valentin invita ses deux prisonniers, Van de Naw-hay, et Van de Bet-raw, à vouloir bien le porter au quartier général français ; ce que ces deux dignes Bataves exécutèrent avec une sollicitude toute particulière. — Le Noj^d seul produit ces admirables caractères.
358 DEUXIÈME PARTIE. — IXe SECTION.
Valentin, assis sur un fusil, est porté par ces deux estimables Hollandais.
952. — 38. VALENTIH A L'HOPITAL SAINT - LAUREAT (Sous Anvers).
Valentin est visité par son digne colonel, qui V exhorte au courage ; Valentin, très-résolu, lui répond: Colonel! je vois qu'il faut que je me confie aux charcutiers de l'établissement ; si je passe l'arme à gauche, tant pis, je n'ai rien à me repro- . cher et puis paraître là-haut , devant le conseil supérieur.