LE VIEUX PÈRE FRAUMONT REÇOIT UHE LETTRE DE VA
LENTIN. Le père Fraumont, orné de son bonnet de coton de soie noire (selon son expression), écoute la lecture de la lettre de son fils adoptif; cette lecture faite, avec un accent grave, par le garde champêtre Bronzard, impressionne profondément l'auditoire.
L'auditoire se compose du père Fraumont et de ses deux chiens, d'un vieux paysan assis près de lui, et du garde Bronzard, qui, debout, le tricorne sur la tête, les lunettes sur le nez, a fait lecture de la lettre ainsi conçue :
« Matines, le 17 février 1832.
« Chère père adoplive ,
(( Je met la plume à la main pour vous dire que je suis, Dieu mercit , en plaine convalegsence , mais si ce n'est ma jambe de moins avec laquelle je me trouve; nous étions irèsmal à l'hopitale d'Anverse; aussi voyant combien nous éljont resserré on a fait évacuez tous ceuse qu'ils ont pu aller ce qui doit vous Taire sentir combien nous nous trouvons mieux.
« Nous voici arrivez a Malines a bon porc , le tems est froid et sèche , l'argent rare et encore n'en voit on pas, nous sommes très bien vus de l'habitant qui nous aime peu , il est généralement criard, ainsi qu'est le Belge. Pourtant il n'est pas entièrement dénué d humanité.
« Le Maréchal est venu nous visiter à l'hopitale , c'est un vieux brave de l'Empire qui n'a qu'un œil , mais dont la manière de voire le fait chérir de l'armée ; il était avec les princes deux beaux jeune homme trèsbien tenu lesquels ils m'ont parlez de
leur bouche propre sur quoi je leur ai répondu ce qui a paru leur faire grand plaisir.
a Le vieux sergent Maneille est aussi avec moi , c'est un vieux canfrier de farceur qui nous fait confondre de rire ; il prétend que c'était pas la peine de le faire blesser pour si peu de choses , et que l'affaire aurait pu s'arranger devant notaire, ou ce vieux entêté de roi des Fromages aurait déposé sa protestation après sommation d'huissier, puisqu'il n'en voulait pas davantage, enfin il nous en a fait des calenburk que Dieu mercit nous en passons gaiement le temps.
« Vous croirez pas une chose , c'est que j'ai retrouvé mon père naturel , un vieux jésuite , mais je vous compterez cela en arrivant, il m'a expliqué le jésuitisme dont il fait partie , c'est encore un régiment de fricoteurs finis , pas d'appel et le vin à discrétion , mais je finit n'ayant rien autre chose à vous marqué vous priant de ne pas m'oubliez auprès de toutes les aimables personne qui vous- parleront de moi et désirant que la présente vous trouve en aussi bonne santé que moi sauve les jambes.
« Adieu, chère père, je vous embrasse du plus profond de mon cœur, et suit pour la vie voire fils adoptive ,
« Valentin,
« Caporal de grenadiers au 2e bataillon 25e de ligne , en ce moment en subsistance à Matines (Belgique).