LETTRE DE BÉRANGER
démocrate sincère. Quand travaillera-t-on à l'éclairer? quand verrai-je formuler le programme de la Charte qui doit assurer l'amélioration du sort de la classe des travailleurs? C'est mon rêve, à moi. J'attends; je regarde en haut, je regarde en bas, et, comme sœur Anne , je ne vois que des tourbillons de poussière. Ne vous étonnez donc pas, mon grand artiste, du silence que garde un pauvre vieux ermite qui prie Dieu dans sa cellule et n'en est pas moins fervent pour ne pas fréquenter les temples où tant de marchands abondent.
« Malgré vos flatteuses paroles , je ne puis que faire nombre, et ne peux ni ne veux commander nulle part. Mais tous les chefs ne me conviennent pas. Quoiqu'il n'y ait plus que de misérables objets d'ambition, je crois toujours aux ambitieux et ne crois plus aux niais; heureusement je crois encore aux fous, ce qui me préserve de misanthropie et me donne à rire de temps à autre à travers l'indignation que me causent , comme à vous , les lâchetés et les roueries de notre époque boueuse. N'allez pas croire, pourtant, que je désespère de l'avenir du pays ; ce serait le méconnaître. Nous faisea&s aujourd'hui une lessive Jauffret qui féconde la te/re, où le peuple fera une double moisson, s'il plaît à Dieu. Faites prendre patience à ce pauvre peuple qui vous chérit; et puisse un jour la France élever, à la gloire d'enfants plus dignes d'elle, un monument que vous puissiez voir et dont vous dessinerez seul tous les bas-reliefs, ce qui lui donnera l'admirable unité qu'on souhaiterait à l'Arc-de-Triomphe, terminé dans un temps où l'harmonie manque partout.
« Adieu, flatteur des pauvres diables, à vous de cœur.
« Votre dévoué,