VIE DE VALENT IN
Ce vieillard modeste faisait l'aumône sans ostentation ; il n'était décoré , ni de croix de bienfaisance , ni de petit manteau de charité ; tout en lui était simple et vrai (1).
923. — 10. Valentin a changé de condition : les mains jointes, il
demande grâce à son nouveau maître. Celui-ci, coiffé d'un chapeau à larges bords, revêtu d'un ample carrik, a entendu aboyer son chien. Menaçant le pauvre Valentin de sa canne : Vous lui avez marché sur la patte î... (lui dit-il). Cet homme à principes ne tutoyait jamais son domestique afin de lui conserver sa dignité d'homme; mais il le rossait d'importance ; et pourtant il était d'un libéralisme remarquable dans ses écrits; il luttait contre la traite des nègres... et portait des cheveux et un chapeau de philosophe.
924. — 11. Valentin préfère la survivance du caniche d'un aveugle
à la triste condition de serviteur du philosophe au chien de chasse et à la canne à pomme d'or. L'aveugle, raclant du violon et laissant derrière lui son chien mort, est conduit par Valentin.
925. — 12. Valentin est devenu industriel, pittoresque et drama-
tique. Il montre Polichinelle à un grand nombre d'enfants qui, par leurs gestes, témoignent leur admiration. Le parterre se garnissait quelquefois , mais de spectateurs qui n'avaient pas de poches... L' administration devait donc succomber.
926. — 13. Le pauvre Valentin, réduit à la misère, est assis sur
une pierre, ayant près de lui les débris de son théâtre. Une bonne Sœur l'a vu et lui apporte une écuellée de soupe. 0 adversité ! c'est au moment où tu parais nous accabler que tu te plais à nous lancer sur la route du bonheur... Bonne Sœur Adélaïde , femme de courage et de vertu , décorée par V Empereur Napoléon (1814, campagne de France) , pour avoir pansé des blessés sur le champ de bataille.
Charlet ajoute en note : J'en sais plus d'un décoré pour avoir pensé... le contraire.
927. — 14. La Sœur Adélaïde présente Valentin à un tambour-ma-
(1) Paris s'est entretenu longtemps d'un petit homme , toujours vêtu d'un petit manteau. Aussi ne le connaissait-on que sous le nom de l'Homme au petit manteau. Tous les hivers il faisait faire, au pont Saint-Michel, des distributions de soupes , auxquelles il assistait le plus souvent. Cela était bien, très-bien même. Mais ne voila-t-il pas qu'un beau jour, on lit clans tous les journaux une pétition a Louis-Philippe pour lui demander la croix , et cette pétition signée Champion dit l'Homme au petit manteau. S'il faut en croire Charlet, cette croix aurait été obtenue.
352 DEUXIÈME PARTIE. — IXe SECTION.
jor qui se découvre respectueusement devant elle : Vénérable Sœur!... quel est de ce jeune homme? — C'est un pauvre orphelin qui demande à servir son pays... — Très-bien II il est honorable de lui-même par ce sentiment !!!
928. — 15. Valentin est tambour; appuyé contre un arbre, il reçoit
ces conseils du caporal-tambour, qui joint la théorie à la pratique : Papa, maman... papa, maman... Arrondis-moi z un peu ce poniet zavec grâce ; deux coups de la main droite, et vivement z'au pareille de la gauche ; soyons lastique.
Cet exercice de papa, maman, réveille des souvenirs dans le cœur de Valentin ; il reverra son père adoptif. . . il le peut sans rougir... il porte l'habit de la nation.
929. — 16. Valentin, soldat, entre dans la cour du père Fraumont; .^ le chien Fa reconnu et accourt près de lui : Azor /... ah! c'est
bien mon vieux père ! Valentin, permissionnaire, avait fait sa route gaiement , en chantant : Je vais revoir mon vieux père adopjtif..... sa chaumière et son vieux chien sa chaumière et sa femme aussi.
930. — 17. Le père Fraumont, suivi de son chien et donnant le bras
à Valentin , lui fait visiter sa ferme : Tu seras mon légataire universel , lui dit-il ; j'ai eu le bonheur de faire un héritage et de perdre ma femme ; je suis heureux ; conduis-toi bien , sers avec honneur, et tout ça sera pour toi.
931. — 18. Au moment où Valentin allait retourner au régiment, 1 le père Fraumont s'était attendri, et la larme d'adieu avait
produit cinquante francs. A peine est-il en route qu'il rencontre une pauvre femme entourée de quatre misérables enfants. Valentin se dit : j'ai connu le malheur ; secourons la veuve et les orphelins... Tiens, mon enfant (mettant son aumône dans la main d'une petite fille), voilà dix francs...; marche!... après moi la fin du inonde.
932. — 19. IL RÉSISTE A LA CAROTTE PÉRUVIENNE. Valentin s'est
arrêté au cabaret portant pour enseigne : A la rencontre imprévus (c'est un homme nez à nez avec un lion). A la même table que lui vient s'asseoir un particulier portant à sa boutonnière une large décoration : Jeune brave, dit-il à Valentin, je suis le marquis de Las Blagueras , général en chef des armées péruviennes... quarante-sept blessures... des victoires. . . des lauriers. . . l'exil. . . pas de pain. . . ; pourriez-vous me prêter quinze francs sur ma décoration en brillants ?... —