‹ Charlie ChaplinChapitre 1 sur 12 · Charlie Chaplin · texte numérisé non relu

Charlie Chaplin

Pour un crtateur cinlferaphique, le masque de Charlie Chaplin a la meme importance que le masque traditionnel de Beethoven pour un musirien ou vmusicographe. J’espdre que cette declaration eiiminera automati quement les lecteurs inutiles et que nous resterons entre gens capables de se com- * prendre. - ♦,

ifbus voild tranquilles. '• *

Contiguous.

On a beancoup parl6 du masque de Charlie Chaplin.*

On s’est plu & l’apparenter aux meilleurs visages

des stylistes japonais et > d’aucuns se plaisent a

tvoquer pour lui telles expressions somptUeuse- <

merit savantes dte Vfdasquez, telles figures cte-

pouiltees et hardies d* Albert Diirer, on telles- px&cises-

esquisses des primitrfc flamands. Ce n?est jarn'ats

afesurde, de par l’ihtention tout an moms, et c’est

« toujour* juste sur le fond, car ce qui nous- frapp*

dans 1*6 plus r6cexltes presentations de ce masque

c’est son aspect nettement pietutal. O pemture ani-

, ntee, te voild prds ta realisation. II j » un *

portrait dans ton mus£e.

^ Le masque de Charlie Chaplin, mime anglo-ante-

ricairt, est * d’une strange latinite. Je n’y * vois paS

Ogl<3*

cefcte sdchereaae profonde, cette Apne retanne, «e ddsordre compost qu’on a chez les • anciens mai-

tres du Nord «t de'l’E^t. La> mdlaacolie amour erne

qui domke sur l’<doran de ce visage ddlicqjb »■ s’eacprime et s’.achdve par des mo yens d’ lie- de- France. Si jChaplin eat 1’ oeuvre d’un peintre de jadis, c’est sans doqifce d’un de ces pocferakistes du oefaudme dont les cadres menus illiuninent les petits salens du Louvre. Henri lit , Francois Ier, <quoi encore ? De Jean de Paris* Clouet se sent multiplies les faces rasdes et subtiles, ironiques, sentimentalement sen-

suelles, ajguds et nonchal antes attentes la tnesure

spiritugUe rouge le muscle, aU^ffe la trahisen <«er-

▼euse, s’en tient 4 la vie imponderable des yeux.

Charlie est-il nd en* cour de France ? Retrouve-t-il,

par deld quatre ou cinq sidctes, Vine maitrise de gout

latfn ? Ou porte-t-il simplement en lui l’affinement atavique des ascendances qu’on lui prdte? ti a dte dit que ce petit Anglais de Los Angeles avalt failli naitre ft Paris d’un pere anglo-saxon et d’une mdre espagnole. La raison importe peu. Le fait .est que, par a travers sa rtiathdmatique de pantomime Ion-, donienne, il nous rend parfois’ la grace quasi rd- <* , *

tiz^g Gobble

trospeotive et classique de nos premier^ peiiitres.

Mats 4 qudi sert de chercher un auteur 4 ce portrait ? Charlie n’est pas -(^rj^omtne qui a perdu son peintre ». II est son peintre propre. II est l’oeuvre e^l’auteur 4 la fois. 11 a fait cette chose qui n’est possible qu’au cinema — le dandysme m'excuse! — c’est-4-dire peindre, modeler, sculpter * 4 m€fne sa propre chair et son visage, une transposition d’art.

Charlie est ‘peintre comme ViUon fut podte. II est

lui sous la forme qui lui est le plus conqpode : la

photogtnie. C’est pourquoi, au point de vue de

l’image animfee, cet homme est le premier crtateur complet, et, en attendant mieux, le seul.*

Le cas de Charlie Chaplin dvoque celui de Msdi£re,

mais Molidre devint trds ennftyeux c^ans ses^ Hernidrea productions royales et l’on a l’impression que Char- . j lie Chaplin, fevoluant d’uhe fapon vertigineuse, ne. sera jqpi§is ennuyeux. - '

Tout au plus, doit-on s’attendre a ce qu’Jl fasse quelque chose de tragique. *-

La chor6graphie contemporaine a suscit6 ties ta- • •

lents conune Loie Fuller, Isadora Duncan, Tortola Valencia, Anna Pavlova, LdOniHe Massine. L’art decoratif leur doit beaucoup. Un nom doming tout » Ittj insky. Celui-la. fut pleinement cr6*$eur II- in-

ventait. Une puretfe q \ft je me permettrais dd qua-

tiller de satanique, si j’dtais podte, . illuqjinait son imagination, plastique. II est passd comme une ©nd£e rafraichissante.

* . Charlie Chaplin est inventeur en son art comme fojinsky dans le sien. Settlement, 1-exptession plastique est vieille '-comme le monde. Par a travers les sidcles, plusieurs indi vidus en ont fixd le$ recherches. Nijinsky, representatif de notre epoque,

n’est. done qu’une dpoque de la danse dans l’his- - ' • toire de ‘ la danse.

* Chaplin est le premier de la premiere dpoque de son

* art et il est un peu responsable de ce que le joujou, est deveriu un art. he cinema porte dansf son prologue Me beaux noms d’interprdtes : Hart, Fairbanks, Hayakawa, Marie Doro, Mad Marsh, hil*an Gish, Sjostrom, cinq ou%ix encore. Un' seul est

‘ plus qu’interprdte. Ghaplin est l’interprdte de soimeme.'Il resume, non ce qu’on fait, comme Nijinsky, mais ce qu’on va fai#e.

Je pease 4 Nijinsky quand je pense a Chaplin. i Nijinsky ramdae 4 son cerveau dix miUe passions.

H s’emplit de reflexion et d’ amour. II est tellemeat * .

central de tons les essais de son art que- le voici tout

jeuL II cite — foltvnent. 11 s’dpuise 4e tsop de »cheSse cicatrice. II mourra. On dit 'qp’il est fou. Adieu. I « •

J* pense 4 Chaplin, maintenani.

J’adnjire la tristesse prolonde de* ChapBn. ’

Si cet homme ne pdrit pas dans maison de santt, il aura de la chance. Un crb&tieur aussi sombre

' s’apaiserait en po&nies, en romans* en musique.

Lui fqit du mouvement am sa tristesse. Le spec* *tateur qui rit y troure un iquilibce merveiUeuat Pour llnterprdte, il y a de quot - deaenir fou. • Vous connaissez son violoniste ? Il nt&na & -plain-

dre 4es tziganes. Il r^habtkte les fio&tes. Il est dis-

cret et d&fspifant. Qu’il est triste !

Et le voild carabrioleur 1 Et le ▼eild en Toyagel

Et le voild chez l’usurier 1 Qu’il est trister, qu’il est triste! . ' . ‘ *

Et puis c’est « une vie de chien », deuloureuse parodie. ’ ,

11 d&vore cPUn estomac dtpenailte la saveui* du dancing, des orchestrea et de la chanteuse de beu-

giant. 11 a faim de tout son efced. II pe.sfltura plus' jamais manger. II dit : « Trop tard! » comma M. Sull y- Pru dhomme entrant a I’Acad&mie franfaise. Mais la douleur de Chaplin fait rire et non pleat er

;omme cdU% dtf ce M. Pru dhomme, ^ar c’est un

homme, lui, et il a une douleur d’hoirfme. Qp’il eat trjpte 1 Rions.

On a dit t.d’abord de Shoulder Arms. ( Chariot soldai) que c’6tait dfe maurais gofit. Et puis on s’est

trds amuse. Ah 1 ce n’est pas ‘amusant 1 La guerre 1

vue par Chaplin... Une heure de rire, si vous voulez.

Oisons : une heure de coups de fouet. On lisait*

aVec plalsir h Paris pendant la guerre une feuille

joyeuse* (sic) qui . s’appelait le Canard enohatne et

qui6tait vraiment d’une drdlerie 6chevel6e, careen-

tir des gens d’esprit se mordre les maiqr faute de

mordre quelqu’un d’ autre, est-il rien de plus drole ? Les chkns malheureux aboient & la lune. Le film de guerre de Chaplin aboie terribtempnt 4 la lune.

Rions. Rions.

fa.

La vie de Charlie Chaplin est \in film gai. Autre-

fois on appelait les films-farces des ut courses-pour-

suites « U fallait que ces productions fussent trds,

%ourtes, mais plus bourrdes de faits et d’actes que*

le plus riche feuilleton romanesqufe. •'/.

' La vie de Chaplin est courte et abondante comme

trente-six mdlodrames bien construits. Elle com-

porte beaucoupt d’amertume.

Dans la banlieue de Londres, naquit, au printemp*

^8^9, Charles Spencer Chaplin* fils d’un chanteur

et d’une danseuse, Le pdre mourut. La m&re dansait.

II y eut de la malactie, de la mis&re et des jours de *

faim dans cette paradoxale famille sdmblable 4 beaucoup de fasti illes de Whitechapel, de Lime-house — et ‘de Charles Dickens en particulier.

La danseuse avait, . dit-on, y» beau talent dd

mime. C’est pourquoi elle ttait oblig&e de gagner sp vie comme couturidre en jhambre, et c’est pourquoi elle enseignait 4 Charlie et 4 son aind Sydney *l’art nourricier de la* couture *4 l’agep de six. yti sept ans. II est probable qu’elle leur enseigna %ussi, par «£S confidences*, ou par son exemple^ ce qu^elle savait de la science du silence.

Les gosses tfttdfdnt bientot de la scene. Charlie n’avait pas dix aps qu’il s’easayait au anisic- half comme « boy ». Un de ses meilleurs films. Sunny-

side, le montre dans ant et voltant avec une graced

exquise de — diSons-le — « excentric girl ». Ses ddbuts*

datts la troupe des Lancashire Lads consistaient en gigues naives armies de sabots. On a la chance prep soi ou on ne l’a pas. Et qne pense&vous dtf ddbut pdnihle d’un hoy de huit ans qui doit comphqaer d’une paire de sabots son labeur difficile ? Blais Iqs phis petits commencent par le spo*t aux colldges d’Eton, Oxford, Cambridge et. ailleurs.

Charlie obnnut un jour les rdles de grande envergure. Onlui oonfia, par un de ces Aasasds qui sasvent 4 dtablir la reputation de flair d’un d$ectepr

de t&fefitreple perisonnage de Billy, le groom de Sher-

Ipck' Holmes, — vous savez, le gamin myftt6rieux et

futd qui comprend, si bien les talents de s6n maitre

et <|ui l’iime avec une sentimentality critique du meilleur

JLe milieux* de son metier — et de soi-meme — ChtJrlie l’agprit, toujours a Londres, dan# la fameuse et quasi dassique troupe de pantomime de Kamo. Toutes les traditions de la com^die humoristique %ont coqperv6es chez- Karno. Ac^batie, parodie, rire fuQe.bc£, myiancolie desopilante, sketches, dan- ’ .

ses, jonglerieS,, tout cela uni et fondu sur un thyme

sobre, c’est la source de ce comique anglais, aciwel-

lenient sans rival. Le repertoire eo est- aussi limite cjue ceux de la trag£die. Lef poetes dramati^sv brodent suf Agamemnon, sur Electre, sur Phedre et leurs cousins depuis trois mille ans. La pantos igHhe anglaise — et la troupe Karno surtout — brodait et brode perpytueUement sur -des thymes d’ima-

gerie, cotnme let Voleur d'une bicyclette , le Joueur de billard, la Rentree if, Vlvrogne , la Le(Qjt de boxe, louvers du Music-Hall, VEnvers d'un drame romanlique, sans oublier le Gentleman 6tnechi qui

St •

Page 1