‹ Charlie ChaplinChapitre 7 sur 12 · CHARLOT VEUT SE MARIER · texte numérisé non relu

CHARLOT VEUT SE MARIER

(Charlie's elopement.)1

Charlie veUt se rnarier. II a tort. Mais ce film

voit si bien les peths gentils bourgeois. Se rnarier n’est rien. Deman der ce qu’on appelle la main d’uae jeune fiUe, voha le drame. Ouf, quelle tragedie I

Redingote ? Gant beurre frais ? Bottines venues ? ftum ! Et le premier diner chez les futurs beaux- • parents, aie, aie, Himalaya, Gaiirisankar, Fuji-Yama, •

je veux dire : 'point culminant de l’aventure. Par consequent, le macaroni sera plus perfide que les . serpentins de Laocoon, le vin 6clatera dans les visages, le pate sautera au plafond, le fils de famille mettra ses pieds sur la nappe et se mouchera dans ses cheveux f rises, et la maison, 6 Samson, croulera sur cette tendresse trepidante qui n’aura pas de lendemain.

CHARLOT VAGABOND (Charlie the tramp).

Quand on a pour tout bagage un pave noue dans un grand mouchoir, il serait deplorable de ne pas rencontrer une jolie fille en danger. Trois chenapans tourmentent la calme Edna qui se promene comme le petit Chaperon rouge. Pauvrette l Les bougres lui arrachent deux ou trois dollars. Charlie les joint. Sa dextre manie le pave avec elegance. Pan 1 pan I pan l Et voili servis les trois chenapans.

L’imotion fait asseoir Charlie sur le feu de bivouac de ces braves. Et de courir, la culotte en feu, k tTa- * ven^ champs. Son Sillage de fum6e, tel un navire, indique sa trace 4 la vierge recannaissante qui a recouvri ses dollars et a bien failli ne pas recouvres

sa vertu — dont elle ne se soucie plus. v‘

L’idylle commence au bord d’un ruisseau. L’idylle

continue chez le p£re qui a, conune par hasard, besoin d’un homme. Charlie sera vice-roi de la ferme.

II arrose au compte-goutte les arbres fruitiers. II collectionne dans ses poches les oeufs du poulailler. II trait la vache en lui secouant la queue conune le bras d’une pon^pe. II active k coups de fourche la douce reverie des manoeuvres salaries. II assomme gentiment les malandrins nocturnes.

Et puis il aime. /

Flirt.

Naturellement, le cousin bien-aime revient. Edna tombe dans les bras du* cousin. Charlie souffre. Conune tous les infid&les, il n’admet pas l’infid^lite. II reprend son baluchon — et la grand’route od on ne devrait jpas laisser circulet d’automobiles.

■ Good bye...

MAM’ZELLE CHARLOT (Charlie the perfect lady).'

• Charlie fait sa Sorel.

* Les jo®s gar$ons ont un petit plaisir k s’habiller en demoiselle quelquefois. Qui cela gene-t-il ? Cela trouble gk et Id. Et l’on s’amuse, sous couleur de clownerie, k des jeux bizarres. Les spectateurs d’outre-Atlantique, d’outre-Manche, d’outre-Madeleine aussi, ne detestent pas qu’une personne de trentecinq ans s’habille en baby aux cuisses nues, et encore moins qu’une fillette se v§te en gar^on (collant tres collfe et veste archi-cintree) et encore moins qu’un monsieur fait au tour s’enjuponne, se perruqua, se chapeaute a la lady et nous inquitte un peu.

Et pendant ce temps, on fait semblant de rire aux larmes.

CHARLOT A LA BANQUE ( Charlie at the bank).

La tragbdie change de style. Et si de Promt thfce, ,voleur du feu, Marcel L’Herbier a fait Monsieur Prt-

voyan, banquier, voici que l’Oreste aux tourmentsj % ' complexes est petit employ^ 4 tout faire dans une 1 banque paradoxale. Charlie, le balai a la main, fest desolant. Rien do plus drdle, n’est-ce pas ? ,

CHARLOT A LA PLAGE ( Charlie by the sea).

Les baigneuses sadiquement chastes de Mack Sennett se resument en Charlie, le jeune homme a cale$on noir qui plonge, saute, nage, plane et s’6tale et puis s’6choue sur l’6cran fin du sable.

Jetez un petit chien dans l’eau. II y apprend a la fois 1’ enter et le paradis et, quand il s’en 6vade, il secoue comme rubans de marotte ses poils mouilles. C’est charmant. L’ephdbe en maillot n’est pas un petit , chien. IL est encore plus charmant. Il jette 4 la ronde . des gouttes d’eau marine et les fragments fluides de son coeur.

CHARLOT MARIN (Shan gated).

.La njer =* photogenie.

Un bateau = photogenie.

‘ . Le pont du bateau = photogdnie.

* ,Les outils de la navigation = photogdnie., . , Un mar in = photogbdiei-

Charlie marin photogdnie (ceil* de tout le monde ;*et la sieane par-dessus le marche) .

Chariot marin :UN FILM.

CHARLOT AU MUSIC-HALL ( Charlie at the show).

II y a deux Charlie dans la salle.

Le gandin de l’orchestre, qui change de voisine en ayant l’air de changer de place, distille son insolence minutieuse de viveur sur le crane des mu- '« siciens, sur les bpauies des dames, sur le spectacle . ausSi. II finira son circuit dans l’avant-sc^ne, parce que, dans une avant-sc^ne, on est trds bien placfc pour dpiler un chapeau de la loge voisine, pour voir tout, pour etre vu, pour distribuer quelques projectilffl et surtout pour chatouiller les pieds de la( danseuse orientale, pour troubler les trues de l’illusionniste, pour — enfin I — grimper suf le plateau bd l’on multipliera les . accidents.

CHARLOT A LA BANQUE

CHARLOT A LA BANQUE

CHARLOT A LA BANQUE

» 'if- '

L’autre Charlie gite au poulailler et mele sa balourde gaieti k la bonne joie crapulence de ces messieurs et dames. Par quel artifice — ou quel art

— trouvons-nous cette galerie si lointaine, si haute, si vertigineuse ? Jamais on ne nous mofttre la salle en entier, et cependant nous la voyons.

Et la lance d’arrosage intervient k propos pour l’apothiose finale de cette double farce qui en vaut

CHARLOT CAMBRIOLEUR (Police).

Qu’est-ce qui rend un cambrioleur sympathique?

C’est qu’il soit pincfe.

Qu’est-ce qui rend un cambrioleur grandiose ?

C’est qu’il soit pinci par une dame.

Laissons Raffles et Arsine Lupin. Aimons l’aidemonte-en-l’air, la mazette qui fait un mitier de fortune (!), oui, comme il serait po&te, plembier ou colonel. L’apprentissage lui cofite cher. Son chef de file l’abandonne. Charlie casse tout. La patronne survient. Police, police 1* Mais la dame est bonne. Elle

sauvera Charlie. 4 Hdlas, quelle idiotel Elle eut mieux fait de le livrer aux detectives. Car le voila livre a 1’ amour. II s’enfuit dr egret, il perd son cceur dans l’aiiaire. Heur easement qu’il en trouve un de rechange d teus lea carrelours. 11 n’hnportel 11 serait temps de trouver un remade d ces situations romanesques. sans issue qui laissent le spectateur sur une regrettable impression d’hara-kirL

CHARLOT JOUE CARMEN (Carmen).

II sait trop que le public aimera 9a. II est moms lui. De temps en temps, il s’abandonne. II elargit la parodie jusqu’d la tragedie. L’air girl d’Edna- Carmen et la lourdeur plaisante de Mac-Escamillo nous rassurent. Charlie a un duel vertigineux. Tous les oignons, tous les jambons, tous les alcarazas meurent de son dpde de fer-blanc. Et puis il mourra lui anssi, puiaque Don Jos4 doit mourir.

Il meurt en marge du film.

Il meurt, et c’est tout.

Deux secondes. «

L’une de ces deux secondes est charmanfe. L’autre est magnifique.

Vous aver vu mourir Zac coni, Giovanni Grasso, Chaliapine ?

Vous aver vu mourir aussi Charlie 'Chaplin.

Je ne veux plus voir - aucun tinsr au dernier ante

de Carmen.

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