‹ Charlotte Corday: A TragedyChapitre 14 sur 161 · ACTE I. SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE I. SCÈNE II

ROLAND, froidement

Quiconque nous apporte 415

Un cœur droit et loyal peut franchir notre porte. [Moment de silence, — Sieyis fait signe aux Girondins

iaccueiîlir Danton^

DANTON

Eh bien! messieurs'! — ^Je vois ici quelque embarras; Je le comprends du reste, et ne m'en blesse pas. Notre façon d'agir n'a pas été la même.

— Il faut de la vigueur dans le péril extrême. 420

BAR6AR0UX

De la vigueur, Danton, et non pas des forfaits.

DANTON

Je ne renie aucun des actes que j'ai faits,

Je les ferais encor, s'il était nécessaire,

Et vous ne trouveriez en moi qu'un adversaire.

Nous n'en sommes plus là. — Le canon de Valmy 425

A sauvé la patrie, et je viens en ami.

VERGNIAUD

Valmy, Danton?

DANTON

Valmy ! ville à jamais fameuse ?

Dumouriez est vainqueur sur les bords de la Meuse.

TOUS

Bravo 1

DANTON

La République est un robuste enfant, Messieurs; elle est venue au monde, en triomphant. 430 — Sous le feu des canons, nos jeunes volontaires Ont montré le sang-froid des plus vieux militaires; Puis à la baïonnette ils se sont élancés \ Les Prussiens ont fui. — ^Vo\\k ce c^e \^ ^à^»

TOUS

Bravo !

Ce n*est pas tout, et Dumouriez me mande 435 Que le désordre est grand dans Farmée allemande. La disette, la fièvre, un automne orageux, Les chemins défoncés et le terrain fangeux, L'approche de Phiver après une défaite, Tout enfin lui commande une prompte retraite. 440

— Ainsi puisse périr toute autre invasion 1 Paris est délivré !

TOUS

Vive la nation !

DANTON

Jamais ces jeunes gens n'avaient vu la mitraille.

Le seul patriotisme a gagné la bataille.

Et nous, qui recevons un tel enseignement, 445

Ne rougirions-nous pas d'un moindre dévoûment?

Ils ont sur nos confins sauvé la République;

Mais elle est en danger sur la place publique.

Nous la sauverons, nous, si nous sommes vainqueurs,

Non plus des ennemis, mais de nos propres cœurs. 450

Dans l'oubli du passé noyons notre rancune;

Ne songeons désormais qu'à la cause commune.

Nous sommes tous ici de francs républicains;

Nul de nous ne prétend rétablir les Tarquins;

Nul ne veut ramasser le sceptre d'un roi Charle; 455

Cromwell, — s'il en est un, — n'est pas celui qui parle!

Quel démon nous excite à nous entr'égorger,

A donner cette fête à l'impie étranger?

Où donc s'arrêtera la discorde civile,

Si dans le sénat même elle trouve un asile? 460

— Trenoïïs garde, messieurs, à ces dissensions I

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