ACTE I. SCÈNE IL
Je me connais, je crois, en agitations;
J*ai vu de près le peuple, et j'en ai Thabitude.
£h bien! — ne jouons pas avec la multitude;
N'appelons pas le peuple au secours des partis, 465
Si nous ne voulons pas être tous engloutis.
— La lave s'amoncelle et cherche une ouverture;
La révolution demande sa pâture;
Tournons vers la conquête, et lançons sur le Rhin
Ce torrent, rejeté hors de notre terrain ! 470
Que d'un sublime élan, la France tout entière,
Se lève à notre appel, et coure à la frontière !
Rendons aux ennemis, que nous avons chassés,
Les envahissements qui nous ont menacés!
Répondons à Verdun par un acte énergique; 475
Que notre coup d'essai délivre la Belgique;
Et vengeons-nous des rois, contre la France armés.
Par l'affranchissement des peuples opprimés !
— Quels beaux destins pour nous ! quelles superbes œuvres !
Quoi! lorsque nous avons, ô débiles manœuvres! 480
La raison pour appui, la France pour levier,
Nous ne soulevons pas encor le monde entier !
Messieurs, si ma parole a votre confiance.
Je promets, pour ma part, une franche alliance, £t comme je n'y mets aucun orgueil humain, 485
Je fais les premiers pas, et vous offre ma main.
VERGNiAUD, lut prenant la main.
Je l'accepte, Danton.
PÉTiON, allant à Danton, Danton, voici la mienne.
DANTON, à Barharouxy Louvet^ Buzoty qui restent
immobiles^ Et vous, messieurs?
BARBAROUX
Danton, souffre que je m'abstienne.
DANTON
Pourquoi ?
BARBAROUX
Dispense-moi d'un langage offensant
Parle.
BARBAROUX
Eh bien ! donc, ta main a des taches de sang. 490
LOUYET.
Quil
BUZOT
Oui !
DANTON
Cest bien, messieurs; c'est un complet divorce? [A Barbaroîix.l Ah ! tu m'attaques, moi ! — Tu ne sais pas ma force. [// s'éloigne avec un geste de menace ; Sieyis P arrête;
il revient,] Non; l'on ne dira pas que le ressentiment L'emporte chez Danton sur un bon mouvement.
Barbaroux, nos débats tûront la République. 495
Ajournons tout au moins un duel impolitique; Fondons la liberté; — puis soyons ennemis.
BARBAROUX
On la fonderait mal sur les crimes commis; Nous voulons lui donner pour base la justice. —Qu'elle soit chaste et pure, ou bien qu'elle périsse ! 500
DANTON
Ëh ! morbleu ! prenez-vous, avec vos airs décents, -Les révolutions poux des jeux innocents ?