ACTE I. SCÈNE II
Vous ne pardonnez rien au peuple.
[Se tournant vers madame Roland^
Je le blâme De ne pas écouter les conseils d'une dame; Mais quoi! les insurgés hantent peu les salons; 505
Nous ne les menons pas ainsi que nous voulons; On ne fracasse pas les trônes légitimes, Sans que quelques éclats blessent quelques victimes! —Je n'ai pas commandé les massacres. Pourquoi En jetez-vous toujours tout le crime sur moi? 510
LOUVET
premier magistrat, tu les laissas commettre.
BUZOT
C'était les commander, Danton, que les permettre.
BARBAROUX
Qu'as-tu fait, ô Danton, dans ces malheureux jours, De tes éclats de voix si connus des faubourgs?
DANTON
Est-ce donc que ma voix pouvait être entendue? 515
Pouvais-je arrêter, seul, une foule éperdue?
Septembre est le forfait de tous. Moi, je sauvais,
Courant de tout côté, tous ceux que je pouvais.
Septembre ! accusez-en Brunswick à notre porte 1
Ah! septembre maudit ! — Eh bien ! oui, que m'importe ! 520
J'ai regardé mon crime en face, et l'ai commis;
J'ai brûlé nos vaisseaux devant les ennemis;
J'ai condamné la France à vaincre ou disparaître,
A rester république ou bien à cesser d'être.
— Bref, nous sommes vainqueurs, et libres désormais, 525
Voulez-vous oublier septembïtî
LOUVET
Non, jamais.
DANTON
Vous repoussez la main que je venais vous tendre?
BARBAROUX
Le crime et la vertu ne peuvent pas s'entendre.
DANTON
Soit!
[// s' éloigne^ puis arrivé vers la porte du fond,-] Vous avez voulu la guerre; — vous l'aurez.
[// sort]
siEYÈs, aux Girondins.
Jeunes gens ! jeunes gens ! vous vous repentirez. 530