SCÈNE III
CHARLOTTE, BARBAROUXy LOUVET, FÉTION,
BUZOT
[Les quatre Girondins entrent à droite par la
grande route.]
LOUVET
Voilà déjà longtemps, amis, que nous marchons; 565
Nous nous sommes trompés, ou bien nous approchons.
BARBAROUX
Nous pouvons le savoir de cette jeune femme.
[A Charlotte.] Est-ce là le chemin qui mène à Caen, madame?
CHARLOTTE, se levant.
C'est le chemin public; mais vous arriverez Plus vite, citoyens, en passant par les prés. 570
A quelques pas plus loin, — à Tendroit oU Ton fauche Vous prendrez le sentier qui tourne vers la gauche.
LOUVET, aux Girondins,
Notre guide est charmant! — ^Je gage, Pétion, Que Barbaroux va faire une autre question.
BARBAROUX
Madame, pardonnez de nouvelles demandes. 575
Nous sommes étrangers sur les terres normandes.
Nous avons cheminé longtemps; il se fait tard;
Pourtant on nous a dit au moment du départ,
(Mais on trompe toujours le voyageur crédule)
Que nous serions à Caen avant le crépuscule. 5S0
Ne vous rebutez pas, citoyens. — Vous voyez
\Monirant le rideau cP ar6r€s.\
30 CHARLOTTE CORDAV.
Ce rideau d'arbres verts en ligne déployés?
Quand vous Taurez franchi, vous verrez dans la plaine
Fumer déjà les toits de la ville prochaine.
6AR6AR0UX
Merci, madame. — ^Amis, le sort moins rigoureux 585
Marque nos premiers pas par un présage heureux. Cette rare faveur d'entendre une voix pure Est douce à des proscrits poursuivis par Tinjure. -^Rendons grâces aux Dieux, et marchjons.
Étranger, S'il m'est aussi permis de vous interroger, 590
Vous vous dites proscrit; vous émigrez sans doute? — On voit tant d'émigrés le long de cette route! — Mais nous ne savons pas dénoncer les proscrits; Parlez donc franchement : — venez-vous de' Paris ?
BARBAROUX
Nous en venons, madame.
Ah! dites-moi, de grâce! 595 A quel bruit faut-il croire, et qu'est-ce qui s'y passe? — On parle d'une lutte?
BARBAROUX
Elle est finie.
Eh bien?— Quoi? — Qu'est- il arrivé? — Car nous ne savons rien.
BARBAROUX
Marat triomphe.
O ciel !
Dieu puissant 1