‹ Charlotte Corday: A TragedyChapitre 21 sur 161 · ACTE IL SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE IL SCÈNE III

BARBAROUX

La Gironde est détruite.

BARBAROUX

Aujourd'hui ses débris sont en fuite. 6oo

Ah ! que me dites-vous ! — Ah ! malheur imprévu ! — En êtes-vous bien sûr?

BARBAROUX

Je dis ce que j'ai vu.

Demain vous apprendrez, ainsi que tout le monde, Que trois jours de tempête ont brisé la Gironde. — Mais rheure ne sied pas à des récits plus longs; 605 La nuit nous surprendrait errants dans ces vallons.

Ne craignez rien; la ville est prochaine, vous dis-je; Puis je vous donnerai quelqu'un qui vous dirige. Non; dussé-je vous suivre, et Tentendre en chemin. Ce récit m'émeut trop pour remettre à demain. 610

— Parlez, je vous en prie.

BARBAROUX

Il me suffit, madame.

[Lotivet va s^asseoir sur le tronc d'arbre renversé, — Pètion et Buzot se tiennent auprès de /ui.] — Quant aux événements qui précèdent ce drame..,

Je sais tout.

BARBAROUX

Vous savez comment les Girondins Ont soulevé contre eux tant d'etvnemx^ ^ow^^tvs.'^

32 CHARLOTTE CORDAV.

C'est qu'ils voulaient venger les meurtres de septembre, 615 Et purger le sénat dont Marat est un membre.

Depuis lors la Commune, unie aux Montagnards, Sur vingt-deux Girondins appelait les poignards.

Mais la Convention soutenait la Gironde?

BARBAROUX

Bah ! quel soutien, devant une émeute qui gronde, 620

Que les flottantes voix de ces hommes de bien

Qui votent librement, tant qu'ils ne craignent rien!

Vainement on a pris d'apparentes mesures;

Oli le cœur fait défaut les armes sont peu sûres,

Et l'appareil guerrier, qui couvre les soldats, 625

Ne donne pas du cœur à ceux qui n'en ont pas.

— N'ayant que des amis dont l'air faisait connaître

Des gens vaincus déjà par la crainte de l'être.

Eux-mêmes, ayant fait tout ce qu'on peut tenter,

Quand ce n'est que sur soi qu'on a droit de compter, 630

Par le maire trahis, trahis par le ministre,

Les proscrits attendaient l'événement sinistre.

Que vous dirai-je ! — Enfin ce jour est arrivé.

A la voix de Marat, le peuple s'est levé;

Paris, épouvanté par le canon d'alarmes, 635

Se remplit jour et nuit de citoyens en armes j

On bat la générale; on sonne le tocsin;

Mort aux vingt-deux 1 — tel est le mot d'ordre assassin.

Cependant les faubourgs, conduits par la Commune,

Vomissent leur cohue aux pieds de la tribune. 640

C'est alors qu'on a vu, dans le temple des lois.

Le peuple et l'orateur qui parlaient à la fois!

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