PROLOGUE
Et si vous vous taisez, d'autres en parleront.
Appelez bien plutôt, sur ce qui vous effraie,
Le jour, ,qui rétablit la proportion vraie,
Et dépouille l'objet, à lui-même réduit, $5
De l'aspect colossal que lui prêtait la nuit.
D'ailleurs, il ne faut pas rougir de votre histoire; Pour être ensanglantée, elle n'est pas sans gloire. Fils de quatre-vingt-neuf, pourquoi vous outrager? Ne parlez pas de vous plus mal que l'étranger. 60
Je pleure, ô liberté ! je pleure tes victimes ; Mais les âges passés sont-ils donc purs de crimes? Vous permettez au drame, introduit chez les rois, De vous montrer Néron, Macbeth et Richard trois; Et pourtant leurs forfaits, illustrés par la Muse, 65
D'un fanatisme ardent n'avaient pas eu l'excuse.
Des hommes bien connus paraîtront devant vous. Girondins, Montagnards, je les évoque tous.
Mais qu'en les écoutant la passion se taise 1 Je bannis de mes vers l'allusion mauvaise; lo
Je suis l'impartiale Histoire, et je redis Ce qu'ont dit avant moi ceux qui vivaient jadis. Si je reproduis mal les discours et les actes, Blâmez; si j'ai tracé des peintures exactes.
Ne vous irritez point de ma fidélité. 75
Ma franchise n'est pas une complicité.
Fallait-il, pour gagner un facile auditoire.
Selon ses passions accommoder l'histoire?
Non. Je ferais injure aux différents partis.
Si je ne leur offrais que des faits travestis. 80
Gardez tous votre foi; la foi, c'est l'héroïsme. Je ne conseille pas l'impuissant scepticisme. Mais le seul examen fait la solide foi ; — Si vous osez juger, Français, regardei.-v»R>v