ACTE IL SCÈNE V
C'est — que Catilina 965 Exile en ce moment Cicéron du sénat; Que nous sommes trahis; que la Gironde est morte; Que rémeute est maîtresse, et que Marat l'emporte ! C'est — qu'il n'est plus d'abri, plus de loi, plus de frein ! C'est qu'on peut tout oser! — Marat est souverain. 970
MADAME DE BRETTEVILLB.
Ah 1 mon Dieu 1
CHARLOTTK
Nul de nous n'est sûr de vivre une heure.
Tant que Marat vivra, que chacun tremble et meure !
MADAME DE BRETTEVILLE
O ma fille, il faut donc bien vite t'éloigner!
Voici mon vieil ami qui va t'accompagner ;
J'ai des parents à Londre, oli l'on t'offre un asile; 975
Va; — fais cela pour moi qui mourrai plus tranquille.
Mais vous-même, ma tante?
MADAME DE BRETTEVILLE
Oh ! moi, je resterai.
Je reste donc.
MADAME DE BRETTEVILLE
J'entends, et je te sais bon gré; Mais je n'accepte pas un dévoûment funeste.
Eh bien ! c'est par plaisir, ma tante, que je reste. 980
MADAME DE BRETTEVILLE
Par plaisir 1
Ch. Cor. A.
Le combat va s'engager; j'attends.
— Il me plaît d'assister au choc des combattants.
MADAME DE BRETTEVILLE
Peux-tu bien, mon enfant, te plaire à ces alarmes!
LE VIEUX GENTILHOMME
Pour des yeux féminins j'en comprends peu les charmes. La guerre des partis n'est pas de ces tournois 985
Où les dames trouvaient un spectacle courtois.
Non ! Il ne s'agit pas d'une joute frivole,
Pour la couleur d'un nœud ou d'une banderole.
Voici d'autres combats et d'autres passions 1
Il s'agit aujourd'hui du sort des nations. 990
— En avant! — Mon cœur bat de crainte et d'espérance.
— Vive la liberté ! — Dieu délivre la France !
Je vois fuir les tyrans; je vois, jour glorieux!
Le drapeau girondin flotter victorieux!
MADAME DE BRETTEVILLE, au vteux gentilhomme.
Que vous avais-je dit!
LE VIEUX GENTILHOMME
Laissez, mademoiselle, 995
Laissez les Girondins, indignes de ce zèle.
Quel intérêt pour nous a leur triste débat?
Pour l'émeute élevés, l'émeute les abat.
Profond enseignement aux modernes systèmes.
Que tous ces révoltés s'entr'égorgeant eux-mêmes! looo — Mais puisque les combats vous semblent familiers, Venez; vous trouverez de loyaux chevaliers, Dont on a toujours vu flotter le blanc panache, Au sentier de l'honneur, sous le drapeau sans tache.