‹ Charlotte Corday: A TragedyChapitre 73 sur 161 · ACTE IV. SCÈNE VIL lOI · texte numérisé non relu

ACTE IV. SCÈNE VIL lOI

£t la Convention acclame, sans débats,

Nos décrets qu'elle vote et ne discute pas.

La Gironde a longtemps balancé notre empire; 1910

Les destins sont fixés, et la Gironde expire.

La révolution est à nous cette fois.

— Eh bien ! qu'en ferons-nous, puisqu'elle est à nous trois?

ROBESPIERRE

La révolution n'appartient à personne.

Je ferai, quant à moi, ce que le peuple ordonne. 19 15

DANTON

Eh! sans doute! le peuple est souverain; c'est dit; Mais tu n'es pas aux clubs où cela s'applaudit. Laissons donc entre nous ce mot sonore et vide ; On sait bien que le peuple a besoin qu'on le guide.

[1/ s^ assied,] Je dis qu'il faut régler, par un commun accord, 1920

La révolution dont nous tenons le sort — ^Voulez-vous la pousser jusques aux derniers actes. Ouvrir aux passions toutes leurs cataractes.

Et tout bouleverser, au point que le soleil N'aura pas encor vu catacl)rsme pareil? 1925

Nous le pouvons. — Pourtant songez-y, vous dirai-je; Nous avons abattu le dernier privilège:

Que reste-t-il encor qui puisse être emporté, Sinon les fondements de la société?

— Croyez-vous que la crise approche de son terme? 1930 Voulez-vous établir un gouvernement ferme?

Nous le pouvons. — D'un mot, créateurs ou fléau^. Nous allons faire l'ordre ou faire le chaos.

De l'audace! ai-je dit en lançant le tonnerre; L'audace est l'instrument révolutionnaire; 1935

Mais après la bataille il faut pacifier.

Nous avons démoli, sachons édifier.

Autres sont les moyens de construire et d'abattre;

S'il fallait faire peur, quand il fallait combattre,

Quand nous avons vaincu, nous devons consommer 1940

L'œuvre républicaine en la faisant aimer;

Elle aura tous les cœurs, si Tordre recommence.

Pour cela que faut-il? La force et la clémence.

Légalité, respect à la Convention,

Gouvernement puissant, unité d'action, 1945

Tout est là. — Mais d'abord désarmons la Commune.

Deux souverainetés, c'est trop. Il n'en faut qu'une.

— Qu'en dis-tu, Robespierre?

ROBESPIERRE

Ah ! que demandes-tu ?

Je suis bien fatigué d'avoir tant combattu.

A quoi bon les efforts du patriote austère? 1950

La vertu fut toujours trop rare sur la terre. Et l'on se décourage à poursuivre ici-bas Le bien que Ton veut faire et que l'on ne fait pas.

DANTON

[A part] [Haut!]

Bon ! sa vieille chanson ! — Essayons tous ensemble.

ROBESPIERRE

Les essais ne sont pas si faciles qu'il semble. 195S

La liberté ne vit que par les bonnes mœurs; Pour réformer l'État, réformez donc les cœurs. Sinon, vainqueurs d'un roi, mais vaincus par le vice, Vous n'aurez fait bientôt que changer de service. [Danton se lève avec impatience^ et se promène vers

la gauche^ Eh bien ! substituer, pour le commun bonheur, i960

"Les \ois de la morale aux lois d'un faux honneur.

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