‹ Charlotte Corday: A TragedyChapitre 78 sur 161 · ACTE IV. SCÈNE VII. III · texte numérisé non relu

ACTE IV. SCÈNE VII. III

MARAT

Deux Dumouriez ! — Pourquoi N'extermine-t-on pas la famille du roi? 2161

DANTON

Des femmes 1

MARAT

Que fait-on, Téchafaud les demande, — De Vergniaud, de Brissot, et de toute leur bande?

DANTON

Des représentants!

MARAT

Non ; des rebelles, morbleu !

Barbaroux, leur ami, met F occident en feu. 2165

Plus d'une fois déjà j'ai demandé leurs têtes; Mais la Convention ne lit pas mes requêtes.

On me croit moribond, n'est-il pas vrai? — ^Tout beau, Messieurs 1 ne pleurez pas déjà sur mon tombeau. [// va vers la table, et y prend une lettre^ Cette troisième lettre est aux autres pareille; 2170

Si la Convention fait encor sourde oreille.

Malade, frissonnant, fiévreux, je me ferai Porter à la tribune, et je vous la lirai.

Pour toi, Danton, j'aurai l'œil sur tes défaillances, Ami de Dumouriez, veille à tes alliances. 2175

Je ne sais par quel Dieu son bras fut désarmé. Mais Achille a paru bien mou, le trente-un mai. Adversaire courtois, sous une forme rude.

Tu frappais la Gironde avec mansuétude; Tu regrettais de vaincre et de couper les fleurs 2180

Dont s'émaillait l'esprit de ces jolis parleurs, Si bien que, débutant par des coups de tonnerre, L'orage s'épuisait en fracas débonnaire.

La haine est pour ton cœur un fardeau trop pesant?

Tant pis! — Il faut haïr un parti malfaisant 2185

L'indulgence est un jeu plus brillant, je l'avoue; Mais un jeu dangereux pour celui qui le joue. [// va Rasseoir vers la cheminèel\

DANTON, qui Va écouté, les bras croisks.

Fais ce que tu voudras, pardieu ! — ^Je suis dressé

A menacer, et non à me voir menacé.

Je m'appelle Danton. — Vois-tu cette main large 2190

Qui broie un trône et lance un peuple au pas de charge !

Ne la trouves-tu pas assez forte, dis-moi,

Pour fécraser toi-même en s'abattant sur toi?

— ^Va, ma tête est solide encor sur mon épaule;

La révolution tourne autour de ce pôle. 2195

Trouve un autre Danton, si tu peux. — ^Jusque-là

Regarde avec respect la tête que voilà.

Écoute : je suis franc, ne craignant rien au monde ; J'ai voulu, comme vous, terrasser la Gironde. Si j'avais appuyé ceux que j'ai combattus, 2200

Ils seraient les vainqueurs, vous seriez les battus. J'ai voulu leur défaite et ne veux pas leurs têtes ; Ils sont représentants aussi bien que vous l'êtes; Je ne veux plus livrer ce nom à des mépris Que le peuple déjà n'a que trop bien appris. 2205

Plus d'échafaud d'ailleurs, ni pour eux, ni pour d'autres! — Mes yeux ne sont pas plus timides que les vôtres: Je comprends un moment de colère, un frisson, Un vertige sanglant qui trouble la raison, Déchaîne les instincts de la bête féroce, 2210

Et pousse tout un peuple à quelque drame atroce. L'humanité gémit et se voile le front ; C'est la vengeance, c'est épouvantable et prompt; — Mais que la fièvre cesse et la soif soit la même ! Ériger froidement l'échafaud en système ! 2215

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