ACTE V. SCÈNE III
CHARLOTTE, prenant deux lettres sur la table^ et les présentant à Danton,
Voici 2380
Deux lettres que je viens d'écrire: celle-ci, Pour Barbaroux; cette autre est pour ma vieille aïeule. On peut lire; on verra que j'ai conspiré seule. — ^J'attends du comité, généreux envers moi, Qu'il daigne, après ma mort, en permettre l'envoi. 2385
DANTON, prenant les lettres.
Donnez; et fiez-vous, sans crainte, à ma promesse.
Toutes deux, je le jure, iront à leur adresse.
— J'étais au tribunal, et j'ai tout entendu,
Charlotte. Vous avez fièrement répondu.
J'ai désiré vous voir; j'ai pensé que peut-être 2390
Vous auriez quelque envie aussi de me connaître.
Nous devons nous comprendre. — Enfin, je vous le dis,
[Charlotte fait un mouvement'] Vous m'avez remué; j'aime les gens hardis. — S'il est une faveur qui d'un homme dépende.
Vous pouvez, 6 Charlotte, en faire la demande: 2395 Que je perde mon nom, si Ton n'y fait pas droit!
J'accepte, et je demande une réponse.
DANTON
Soit
Que font les Girondins dont j'ai servi la cause? — Sont-ils victorieux?
DANTON
Demandez autre chose.
Répondez! c'est promis. — Sommes-nous vainqueurs?
DANTON
Non. 2400 Vos amis ont été vaincus près de Vernon.
O Dieu! — Mais on pourra recommencer la lutte?
DANTON
C*en est fait; cet échec a consommé leur chute.
CHARLOTTE, aprh un silence.
Encore un mot, Danton. — Quel est Teffet produit Par la mort de Marat?
DANTON
Entendez-vous ce bruit? 2405
Oui.
DANTON
C'est le dieu Marat, et son apothéose.
— Vous avez opéré cette métamorphose.
Le mépris général en aurait fait raison; Votre coup de poignard l'envoie au Panthéon.
CHARLOTTE, tombant assise et baissant la tète avec
découragement.
Ainsi, je fais un dieu de celui que je tue, 2410
Et je vois, en mourant, la Gironde abattue !
— ^J'ai donc, sans aucun fruit, versé le sang humain !
Ne courbez pas le front. — Le cœur absout la main. Vous vous êtes trompée, il est vrai ; mais qu'importe ! Les magnanimes, seuls, se trompent de la sorte. 2415 — Ah! nul n'est pur; chacun a sa tache de sang, B>t qm n'ose rien faire est le seul innocent