Épilogue
Les événements allaient changer de marche.
Bonaparte devait prendre la révolution sur les ailes de ses armées et la terreur au bout de ses baïonnettes pour les rejeter dans le reste du monde.
A ceux qui reprochent à la révolution de n'avoir rien fondé en fait de gouvernement et de ne nous avoir laissé que les ruines d'une république écroulée, il est aisé de répondre que cette révolution se continue au contraire fatalement parmi nous.e Ce que nous avons fait, disait Saint-Just, ne sera jamais perdu sur la terre. » Nous croyons, en effet , qu'on n'effacera pas le travail de ces hommes ; il reparaîtra toujours sous les replâtrages et les remaniements que la main des vieilles monarchies essaie aux nations.
Et puis l'on a tort de demander à un événement comme celui de 95 de laisser des institutions fixes, un gouvernement immuable, une société faite ; tout cela est l'ouvrage du temps ; quoiqu'il nous
ait légué un grand nombre de lois immortelles, une école pour l'art militaire, un muséum pour la science, une administration pour les armées, son œuvre n'était pas précisément de fonder; une révolution n'est pas un sol , c'est un orage.
Tout ce qui avait mis le pied sur ce terrain brûlant n'a pas tenu ; Mirabeau pose une tribune sur la révolution et il y meurt ; Piobespierre un échalaud, et il y laisse sa tête ; Napoléon un trône, et il en tombe.
Ce que la révolution a laissé qui ne tombera pas, c'est ce sentiment de la fraternité humaine et cette religion du bien public qui doivent changer la face du monde. On aura beau faire , l'on n'arrêtera pas l'élan imprimé aux na-
lions ; les peuples sortis de leurs anciennes limites s'agiteront révolutionnairement , comme des flots sur le sable, jusqu'à ce que quelque bond imprévu et violent les rejette dans cet océan calme de la vérité et de la justice où la main de Dieu apaisera tous les orages.
Nous marchons vers des destinées meilleures.ïoutefoisil y a desmaux dans l'humanité qui ne doivent pas finir : il y aura toujours des natures chétives sur lesquelles la société appuiera ses angles, des inquiétudes que le présent ne pourra calmer, des espérances immodérées que cette vie ne saurait contenir : Marat ne mourra pas.
Il faudra toujours à la femme qui pleure, le voile de l'amour pour y essuyer ses yeux , et à l'homme qui souffre,
une éternité promise où il puisse , dans les jours mauvais , comme le navire dans les gros vents , jeter toutes ses espérances.
Cependant, le souvenir de Charlotle Corday s'élèvera mélancoliquement dans notre siècle révolutionnaire à mesure que des brises plus douces en chasseront les nuages ; elle est à nos yeux par ses grâces sérieuses , par son dévouement et par l'élévation de son âme.
comme la messagère de l'avenir, lequel appartient, selon nous, à la liberté et à l'amour, aux femmes et à Dieu. Voilà pourquoi nous avons choisi cette belle et chaste figure de vierge pour dominer tout notre livre.
FIN im DELXIÈniE I-T PERNIER VOIIIME.