‹ Charlotte Corday (volume 3)Chapitre 4 sur 7 · XIX · texte numérisé non relu

XIX

£a Conciergerie.

Comme elle descendait de voiture , Charlotte Corday rencontra à la Conciergerie un confesseur qui vint au devant d'elle, et qui la salua humblement.

«■ Remerciez , lui dit-elle . de leur at*

tention pour moi les personnes qui vous ont envoyé ; mais je n'ai pas besoin de votre ministère. »

Le prêtre se retira.

La condamnée était si douce , elle paraissait si fermement résolue à affronter l'échafaud, qu'on jugea inutile delui lier les mains.

En rentrant dans la prison, Charlotte Corday aperçut aux barreaux de la fenêtre un billet qui tenait par un fil à un caillou lancé du dehors.

Elle profita d'un moment de distraction de ses gardes pour en prendre lecture.

c Charlotte, âme sublime, fille incomparable î Tes vertus et ton héroïsme sont au-dessus d'une plume aussi grossière que la mienne. Je t'ai voué un culte qui

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ne finira qu'avec la vie. Si demain, ange marchant à la mort, tu rencontres sur ta route un regard humblement tendre, un jeune homme ému qui te suive de ses regrets et de son admiration, ce regard sera le mien , ce jeune homme ce sera moi.

« L'histoire a-t-elle ton semblable, ô Charlotte ! Triomphe, France, triomphe Caen ! Tu as produit une héroïne dont on chercherait en vain la rivale à Rome ou à Sparte !

<r Ton souvenir, ô fille de la France, ne sera jamais perdu pour mon cœur :

il m'encourage à aimer cette patrie dont je suis le filsadoptif ; je n'aurai plus besoin désormais de me ressouvenir des héros de l'antiquité ; il me suffira de penser à Charlotte Corday !

« Oui, j'aime cette patrie pour laquelle tu voulus mourir: j'aime le supplice, depuis que les barbares t'y ont condamnée: la seule idée d'aller à la même mort que toi me fera mépriser la puissance de mes bourreaux.

« J'étais venu chercher ici le règne de la douce liberté ; mais je trouve partout l'oppression du mérite et de la vertu, Je triomphe de l'ignorance et du crime. Je suis las de vivre au milieu des horreurs qui se commettent sous mes yeux:

il ne me reste plus que l'espérance de mourir sur l'échafaud honoré de ton sang.

« Tu me pardonneras, sublime Charlotte, s'il m'est impossible de montrer dans mes derniers moments le même courage et la même énergie que toi; je

me réjouis de ta supériorité , car n'estil pas juste que l'objet adoré soit au-dessus de l'adorateur?

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