SIXIÈME TABLEAU
CHARLOTTE, nu président.
A quoi bon ces témoins quand j'ai tout avoué (1)? Je vous l'ai déjà dit, c'est moi qui l'ai tué.
LE PRÉSIDENT
A le frapper qui donc vous (2) excita?
(1) Dans loule cette scène, nons avons reproduit fidèlement les réponses de Charlotte Corday.
(2) Dans Tinterrogatoire de Charlotte Corday, publié dans le Moniteur, le vous est toujours employé en parlant à l'accusée. L'usage du tuioîraeni n'a été généralement adopté que quelques mois plus lard, à la fin de 1193.
Ses crimes.
En un jour j'ai vengé d'innombrables victimes.
LE PRÉSIDENT
Ses crimes ! quels sont-ils? qu'entendez- vous ?
J'entends Les maux dont le pays a gémi trop longtemps : Marat en fut l'auteur. Il ne pourra plus l'être, Et désormais la France à la paix va renaître. Sa mort fera tomber les échafauds dressés, Décidez de mon sort ; il n'est plus... c'est assez ^ J'ai fait un noble emploi de ma vie inutile : Je n'ai tué qu'un homme et j'en sauve cent mille.
LE PRÉSIDENT
Depuis quand ce dessein par vous fut-il formé?
Il entra dans mon cœur lorsqu'au trente et un mai La Gironde tomba.
LE PRESIDENT
Les députés transfuges A Caen vous y poussaient?
CHARLOTIE.
J'en appelle à mes juges !
Pensent-ils que parmi ces généreux proscrits Un seul aurait voulu triompher à ce prix ? Tuer leur ennemi parla main d'une femme ! Mais n'ont-ils pas un bras?., et n'ai-je pas uneame? Croyez- vous qu'en frappant je n'ai fait qu'obéi i? Ne puis-je pas aussi mépriser et haïr?
Cet acte m'appartient et je le revendique : J'étais républicaine avant la république.
LE PRÉSIDENT
Et vous avez cherché dans un assassinat La gloire qu'on obtient d'une action d'éclat?
Non : sauver mon pays fut ma seule espérance. J'aurais voulu frapper le fléau de la France Au sein de la Montagne et des siens entouré. Victime des fureurs de ce peuple égaré, .Te serais morte alors, morte sans renommée. Sans affliger le cœur de ceux qui m'ont aimée.
LE PRÉSIDENT
Est-ce le seul regret que vous sentiez ici ?
Et qu'ai-je à regretter? puisque j'ai réussi,
LE PRÉSIDENT
Vous le savez, Mnrat du peuple était l'idole.
Oui, Paris se formait à sa sanglante école, Mais les départements l'ont toujours abhorré.
LE PRESIDENT
De cet assassinat qu'avez-vous espéré?
J'ai voulu mettre un terme à la guerre civile.
LE PRESIDENT
Et pensez-vous avoir de votre main débile Tué tous les M a rat?
Je n'eus pas ce bonheur !
Non ; mais celui-là mort, les autres auront peur.
LE PRESIDENT
Votre crime impuissant ne nuira qu'à vous-même.
Il est beau de mourir pour son pays qu'on aime.
LE PRÉS1DE^T, à UH liuîssier.
Huissier, présentez-lui le fer accusateur.
{A Charlotte.) Le reconnaissez- vous?
CHARLOTTE, rcQûrdani le cuuleau ensauaUutlc.
Ce sang me fait horreur!
Oui, je le reconnais. Olez-le de ma vue.
LACCISATEUA PUBLIC.
Hier en vous en servant vous étiez moins émue. Sans doute vous aviez exercé votre main?
Oh! le monsîre, il me prend donc pour un assassin!
LE PRESIDENT
Les débats sont feimcs.
CiiMU.om; CORDA Y. 89
l' ACCUSATEUR PUBLIC.
Que justice se fasse !
Devant vous l'accusée au crime a joint l'audace. Jurés, vous avez vu son endurcissement : Tant de perversité mérite un châtiment.
Prononcez, citoyens, contre cette Euménide La peine dont la loi frappe le parricide. Souvenez-vous qu'elle a par un lâche attentat Tué l'ami du peuple et l'appui de l'État. Un aussi grand forfait repousse l'indulgence, Et l'ombre de Marat vous demande vengeance. Je conclus à la mort.
Et pourquoi ce discours?
Ai-je pensé jamais à défendre mes jours !