CORDAY
SUR CtlAKLOTTi; CORDAY. 17!)
A MONSIEUR D'ARMOÎVT (l),
nUK DU BliGLK, A AP.CENTAN.
Pardonnez-moi, mon cher papa, d'avoir disposé de mon existence sans votre permission. J'ai vengé bien d'innocentes victimes; j'ai prévenu bien d'autres désastres. Le peuple, un jour désabusé, se réjouira d'être délivré d'un tyran.
Si j'ai cherché à vous persuader que je passais en Angleterre, c'est que j'espérais garder l'incognito; mais j'en ai reconnu l'impossibilité. J'espère que vous ne serez point tourmenté (1). En tous cas, je crois que vous aurez des défenseurs à Caen. Tai pris pour défenseur Gustave Doulcet : un tel attentat ne permet mille défense^ c'est pour la forme.
Adieu, mon cher papal Je vous prie de m'oublier, ou plutôt de vous réjouir de mon sort. La cause en est belle.
J'embrasse ma sœar, que j'aime de tout mon cœur, ainsi que tous mes parents.
(1) Le père de mademoiselle de CarJay subit à Argentan, le 20 juillet, un interrogatoire dont l'auteur de la Gwrre des Yen-
N'oubliez pas ce vers de Corneille (1) : Le crime fait la honte et non pas l'échafaud.
C'est demain à huit heures qu'on me juge. Ce 16 juillet. Corday.
Note P. Adam lux.
Ce jeune homme n'avait que 27 ans. Il était envoyé de Maycnce avec Forster, fils du célèbre vojageur, auprès de la Convention nationale, pour solliciter la réunion de celle ville à la République française. Lux était docteur en philosophie à Mayence.
décns et des Chouans (Paris, 1824, in-8, 4 vol.) donne un extrait, T. I, p. 415 et 416. Charlolte y est désignée comme née aux Lignerics (arrondissement d'Argentan) , comme n'ayant demeuré avec son père qu'environ un an depuis douze ans qu'il est veuf. Elle demeurait depuis deux ans à Caen , chez une de ses parentes. M. de Corday déclare qu'il a reçu de sa lille une lettre datée de Caen du mardi malin («ans doute le 9 juillet), annonçant , loqu'à son départ de celte ville elle met cette lettre à la poste ; 2o que, lorsqu'il la recevrait, elle ne sérail plus en France ; 0° qu'elle ne croyait pas qu'on pût y vivre tranquille de longtemps; et 4" qu'elle le priait de ne faire aucune recherche, parce que personne ne pouvait savoir encore où elle allait. L. D. B.
(1) C'est le comte d'Essex qui (dans la tragédie de Thomas Corneille, acic iv, se. 3, ) dit ce vers si connu.
SUR CHARLOrrE CORDAY. 181
Comme les véritables amis de la liberté^ il fut profondément affligé de l'attentat du 31 mai 1793, et publia courageusement deux brochures qui le firent proscrire par les Montagnards. Le 6 novembre 1793, il monta sur Téchafaud en se félicitant tout haut de périr sous la hache qui avait tranché la tête de Charlotte deCorday.
L'une de ses brochures a pour titre : Avis aux citoyens français. Elle a été réimprimée à la suite des Mémoires de madame Roland, t. ii, pag. 469 à 478. Datée du 31 juillet 1793 (jour de l'assassinat de Marat), elle porte pour signature : Adam Lux,, citoyen français.
L'autre est un éloge de Charlotte de Corday, dans lequel il propose de lui élever une statue avec cette inscription qui n'a rien d'exagéré : plus grande que