‹ Charlotte Corday et Madame RolandChapitre 45 sur 49 · LAMOURETTE · texte numérisé non relu

LAMOURETTE

Eh ! que fera, Bailly, la terrestre lumière,

Que peut l'homme ici-bas si la foi ne l'éclairé?

Sans la foi, vainement des esprits généreux

D'âge en âge essaieront de rendre l'homme heureux ;

Le temps emportera leur doctrine stérile

Qui n'a que l'intérêt ou l'orgueil pour mobile.

24G IIS DEUMÈIltS HEURES

Que nous assigne-l-on pour prix de nos labeurs Sur celte terre? L'or, la gloire, les grandeurs. Pour acquérir ces biens au sein de nos misères, Il faut que l'homme enchaîne ou dépouille ses frères; Et que, de ces trésors usurpateurs jaloux, Il garde pour lui seul ce qui doit être à tous. Avec de tels instincts, la liberté peut-elle Répandre parmi nous sa lumière immortelle? Non, elle n'a semé que des systèmes vains Que ne fécondent pas les préceptes divins. Son règne, jusqu'à nous fondé sur l'esclavage, Aux hommes inégaux laisse un double héritage: Ici la servitude, et là l'autorité.

Partage de la force et non de l'équité ! Dans la Rome païenne et dans la Grèce antique Que fut la liberté?... Qu'est-elle en Amérique? Un privilège inique, auquel servent d'appui Les esclaves jadis, les nègres aujourd'hui ! El parmi nous, voyez , à peine elle est fondée Que du sang de ses (ils la France est inondée. Régnant par l'ostracisme et par l'assassinat,

Le peuple a décimé la moitié de l'Étal;

Pour niveler il tue, et dans son ignorance,

Du Dieu qui l'a fait libre il proscrit la croyance.

C'est au livre divin que le Christ a dicté ,

Qu'il fallait demander l'esprit d'égalité.

Là, sans distinction, Dieu nous dit d'être frères :

Il met dans l'union la fin de nos misères ;

Là, celui qui possède au pauvre doit donner,

Et l'opprimé qui souffre apprend à pardonner.

Oh ! si la loi du Christ avait été suivie,

La liberté qui meurt serait pleine de vie ;

Les hommes oubliant leurs éternels combats

Se seraient partagés tous les biens d'ici-bas 5

Dans les rapides jours qu'ils passent sur la (erre,

Us n'auraient pas voulu d'un bonheur solitaire;

Mais, de l'amour du Christ sachant s'aimer enlr'eux.

Us fuiraient l'esclavage en se rendant heureux ;

Et la force pour eux naissant de l'harmonie,

Eût agrandi leur ame et doublé leur génie.

Tous ces pensers hardis, tous ces vastes desseins,

Qui dans l'isolement avortent dans leurs seins,

Couvés sous ta mamelle, ô charité féconde !

2i8 I>l'.« DERNIÈRES HEURES

Seraient éclos enfin pour le bonheur du nnonde;

Et vers un but commun leurs actes concourant,

De la grandeur de tous feraient Ihomme plus grand.

Mais dans ma vision s'égare ma parole ,

Et 1 humanité va sans phare et sans boussole.

Sur la mer ténébreuse où je la vois errer.

Des terrestres secours que peut-elle espérer ?

Dieu teul éclairera la nuit sombre où nous sommes;

La liberté viendra du ciel et non des hommes;

La foi qui l'a fondée en sera le soutien :

Pour que l'homme soit libre il faut qu'il soit chrétien,

RIOUFFE

Immortels sentiments! éloquentes paroles ! Vos sublimes discours renferment trois symboles: L'enthousiasme saint dont l'homme est inspiré, La science, flambeau terrestre mais sacré, Fi la foi qui versant une clarté féconde Fait descendre de Dieu les lumières du monde. Devant vous, pénétrés de respect et d'amour, A ce que vous croyez, nous croyons tour à tour !

DE MADAMr; ROLAND. 240

Mon esprit est monté vers ces régions hautes Où l'homme voit à nu ses erreurs et ses fautes. J'ai senti mon orgueil dans sa stérilité, Et comme vous de Dieu j'attends la vérité ! Voyez blanchir au ciel ces lueurs matinales ! C'est l'heure de mourir ! . . . Ecoutez sur les dalles Ce bruit sourd ; dans la cour entre le tombereau : C'est le char qui conduit la victime au bourreau. Saluez avec moi ces apprêts funéraires : La mort sans agonie est bien douce, mes frères ! Adieu! Pourquoi ces pleurs ? nous nous retrouverons !

CLAVIÉRE.

C'est la liberté sainte en vous que nous pleurons !

GIREY-DUPRE.

La beauté, la vertu

ROIS-GCION.

L'élévation dame

250 LES I>I:P.NIÈRES IlEURI s

RIOUFFE

Que nous restera-t-il en vous perdant, Madame?

Lamouretle et Bailly; plus éclairés que moi, L'un avec sa science, et l'autre avec sa foi, Raffermiront vos cœurs...

(A Lamourelte et à Bailly. J

Adieu, nobles prophètes !

BAILLY

Madame, l'avenir vengera nos défaites; La liberté vivra !

C'est là mon dernier vœu !

LAMOrUEïïE.

Elle vivra, Madame, en sappuyant sur Dieu !

DL MADVMK ItOLANI). 251

SCÈiXE IX ET DERMÈRE ^

Les précédents, LA FEMME DU GEOLIER.

LA FEMME DU GEOLIER

Citoyenne, suis-moi!

J'entends, l'heure est venue, Au pied de Téchafaud ils ont mis ta statue, 0 liberté ! Le peuple a perdu la raison ; Que de crimes, hélas! il commet en ton nom !

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