‹ Charlotte de Corday et les Girondins (volume 2)Chapitre 138 sur 174 · BAPTÊME DE JACQUES-PIERRE BRISSOT · texte numérisé non relu

BAPTÊME DE JACQUES-PIERRE BRISSOT

H L'An mil sept cent cinquante-qlatre, le quinze Janvier, a été baptisé par moy, piètre vicaire de cette paroisse soussigné, un fils né de ce jour du légitime mariage de Guillaume Brissot, >P Traiteur, et de Marie- Louise I^EGRAND, de cette paroisse.

» Le Parrain, qui a nommé l'enfant Jacques-Pierre, a été Jacques-Pierre Brissot, cousin paternel; la marraine a été Annette-Françoise Besnard , de la paroisse de Saint-Lu perce, qui ont signé avec nous et le père le présent acte.

» Brissot, Henriette-Françoise Besnard, Brissot, et Brulard, vicaire. »

On voit par cet acte que les prénoms de Brissot, conformes à ceux de son parrain, étaient Jacques- Pierre y tandis que l'acte d'accusation devant le tribunal révolutionnaire porte Jean-Vierre. Cette erreur s'est propagée, perpétuée, et se trouve non-seulement dans la plupart des ouvrages biographiques (Biographie de Michaud, de Feller, de Firmin-Didot, etc.), mais encore dans les histoires spéciales de la ville de Chartres. M. de Lépinois, 2' vol., p. 524; M. Doyen, 2* vol., p. 477, et dans celles de Brissot.

Autre erreur. Ces mêmes biographies font presque toutes naître Brissot le 14 janvier; la date exacte est le 15 janvier 1754.

Enfin on voit que Brissot était de Chartres et non de Ouarville, comme on le croit généralement par suite de

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l'addition qu'il avait faite à son nom. Voici comment i! rend compte lui-même de cette circonstance :

ce Né le treizième enfant de ma famille, le second de mes frères, je portois pour être distingué d'eux, suivant l'usage de la Beauce, le nom d'un village où mon père possédoit quelques terres. Ce village s'appeloit Ouarville\ et Ouarville fut le nom sous lequel j'ai été constamment connu dans mon pays. Il me prit fantaisie de donner à mon nom un air anglois, et je substituai à la diplithongue françoise ou le W des Anglois, qui a le même son. Depuis, ayant publié des ouvrages et signé des actes avec cette altération dans mon nom, j'ai cru devoir l'y conserver... »

Brissot se justifie par l'exemple des hommes de lettres, qui, dit-il, ne se sont jamais fait scrupule de gréciscr ou de latiniser leurs noms, et par l'autorité de Voltaire; il ajoute qu'il a constamment porté, signé et imprimé le nom de son père à côté du second, qui lui avait été donné par l'usage de son pays.

Les pièces imprimées par Morande daus sa Polémique contre Brissot prouvent l'exactitude de cette dernière assertion. Brissot signe constamment de son nom patronymique, avec l'addition qu'il avait imaginée. Mais on v'oit par ces mêmes pièces que dans le monde on l'appelait habituellement monsieur de Warville, et madame de Genlis n'en parle que sous ce nom. C'était donc bien en réalité un titre de noblesse que Brissot s'était arrogé.

Cette faiblesse était sans doute pardonnable chez les hommes de lettres de l'ancien régime, mais elle devenait un moyen d'attaque contre ceux qui s'étaient faits

' A quatre Uiloinetres de Chartres.

;'ii DOCIMENÏS.

les cliaiupidiis (!c réirjililr nom elle et les adversaires des préjugés d'autrefois. On n'y a pas noanqué à l'égard de lîrissot, et dans un pamphlet publié en l'an II do h» i'.épublique, on lit ce (|ui suit :

« C'était le l)on ton d'avoir un nom de terre, de fief, » de se qualifier de chevallier; il prit ce nom de cheval- » lier de Varville, et pour être plus intéressant, plus » considéré dans la société, il n'hésita pas à mettre un » De après son nom de famille. » 'Vie privée et politique (le Brissot.]

Cette attaque était dirigée contre Brissot au moment où il était incarcéré et allait être traduit devant le tribunal révolutionnaire. Elle émanait donc du parti montagnard; or, outre qu'il est toujours peu généreux de frapper un adversaire sans défense, il y avait une singulière outrecuidance à reprocher à Brissot un travers partagé par les chefs de la Montagne aussi bien que par les membres de la Gironde.

Brissot de Warville, Petion de Villeneuve, Roland de la Plàtière, Louvet de Couvray, portaient sans doute des noms nobiliaires sans être nobles : mais qu'avaient à leur repi'ocher Barère de Vieuzac, Maximilien de liobespierre , d'Anton, Fabre d'Eglantine, Collot d'Herbois, Tlmriot de la Rozière? Nous ne parlons pas de ceux qui, comme Saint -Just, Hérault de Séchelles, Antonelle, pouvaient avoir des prétentions plus ou moins justifiées à faire partie de l'ordre de la noblesse.

Barere de Vieuzac. Même excuse que Brissot. Son père possédait à Yiéuzac... un petit fief... Il ajouta de bonne heure ce nom au sien, soit pour se distinguer des

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autres membres de sa famille, soit pour obéir à u» usuf/e par leipicl ou cherchait à dissimuler F inégalité des conditions, déjà blessante pour le sentiment public. (Notice historique sur Barère, Mémoires , vol. I, {). 2G.)

De Robespierre (sic). « Quelques biographes ont assigné à cette famille une origine noble, c'est une erreur. Robespierre ne fut point, comme Mirabeau, un transfuge de la noblesse. Son père et son grand-père signaient l'un et l'autre Derobespierre. TIamel, Histoire de Robespierre j p. 1 O.j Ce que nous pouvons aftirmer, dit 31. Hamel, c'est que son père et son grand-père signaient l'un et l'autre leur nom en un seul mot... » Soit; mais le député d'Arras à la Constituante isolait la particule : il en est une preuve irrécusable dans un document célèbre. C'est le procès-verbal de la séance du Jeu de Paume. M. de Robespierre signe en deux mots, avec un intervalle considérable entre le nom et la particule. Il signait encore ainsi en I 790. ! Lettre du 7 juin i 790, adressée à Camille Desmoulins et signée : de Robespierre. OEuvres de Camille Desmoulins, II, p. 72i)

D'Anton. Voyez l'extrait des registres des délibérations du district des Cordeliers, du 19 janvier 1790.

«... L'Assemblée ayant procédé à l'élection desdits commissaires conservateurs de la Liberté, son choix est tombé sur MM. d'Anton, Saintin, Cheftel et Labiée. »

Signé: Paué, président;

Fabre d'EcLANTiNE, vicc-présidcnt ; D'Anton, secrétaire.

Pièces justificatives relativement à l'exécution d'un Décret lancé contre le s' Marat, p. :î, o, 7, 8, 20.

•r.C. DOCUMENTS.

lmj)i'iinei'io de ^[oiiioro, prcDucr imprimeur de la Librrir.

Cette môme affaire donna lieu à un grand nombre de pam|)lilcts. Voyez la Guerre des Distriels ou la Fuite de Marat, la Jacobineïde et les Actes des Apôtres; partout le nom de Danton est écrit avec l'apostrophe.

(( La famille de Danton n'a point à se prévaloir dune antique noblesse,.. Son nom est commun dans la contrée d'Arcis-sur-Aube; il était iils de Jacques Danton, |)rocureur au baillage d'Arcis, et de Jeanne-Madeleine Camut. » (Fragment biographique de M. Saint-Albin, dans l'excellente Revue que publiait alors M. Desmaret, aujourd'hui bâtonnier de l'ordre des avocats de Paris. Voyez Critique française j, 15 mars 1861, p. 184.) Cependant il existait une ancienne famille des Anton. (Voyez Mézeray, Histoire de France^ sous l'année 1 571 . '

Fabre d'Êglantine. Tout le monde sait que Fabre prit ce surnom de Véglantine d'or qui lui avait été décernée par l'Académie des Jeux Floraux, à Toulouse.

Collot d'Herbois. Signait encore, en 1792, de ce nom de théâtre : VAlmanach du Père Gérard, ouvrage qui remporta le prix proposé par la Société des Jacobins de Paris.

Thuriot de la Roziere était ce fameux conventionnel qui déclarait, dans le procès de Louis XVI, que si la Convention ne condamnait pas le tyran à mort, il iroit lui-même lui brûler la cervelle, et qui plus tard remplissait les fonctions de juge d'instruction sous le Consulat (affaire de George et Pichegru) et sous l'Empire.

La paj'licule, dit-on, ne conférait pas la noblesse: non, mais elle en simulait les apparences, elle en affi-

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