‹ Charlotte de Corday et les Girondins (volume 2)Chapitre 149 sur 174 · LE PUBLIC ISTE DE LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE · texte numérisé non relu

LE PUBLIC ISTE DE LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE

Par Marat, l'ami du Peuple.

Fuite de Buzot, Barharoux, Gorsas et Ducastel {Duchâtel.)

Rien n'est mieux fait pour faire présumer criminels les membres de la faction mis en état d'arrestation que leur fuite lâche et honteuse. Rien n'est mieux fait pour prouver leur trahison que l'endroit de leur retraite.

Brissot fuyait en Suisse, où il allait rejoindre Dumouriez et l'ÉgaUté fils , sans doute pour recevoir le prix de ses actives machinations.

Buzot, Barbaroux, Gorsas, ont fui à Évreux pour y soulever le Département. Paris, prêt à être livré par une multitude de sansculottes armés qu'on lui avoit donnés pour gardes ; ils se sont retirés à Caen , dans la vue de passer en Angleterre , y recevoir le prix de leurs perfidies. Les sans-culottes de Caen n'étant pas disposés à leur faire meilleur parti que ceux d'Évreux, on assure qu'ils viennent de se retirer auprès de leur ami Carra, pour passer ensemble chez leurs complices de la Vendée. (Pv" du 17 juin 4793.)

Ce dernier a tracé l'itinéraire que suivirent les Députés fugitifs : Vire, Dol, Carhaix, Quiraper'.

Petion, Buzot et Guadet s'embarquèrent dans la rade de Brest pour la Gironde, comme on l'a vu par les Documents précédents. (V. p. 171-177, 212.)

Tandis que Buzot menait cette existence errante et souterraine qui commence à son débarquement et finit au champ funèbre de Fontpeyre, ses ennemis s'acharnaient contre lui jusque dans ses biens, sa maison et sa mémoire ". On est douloureusement surpris en voyant les hommes de la Révolution revenir si facilement et si promptement aux plus détestables pratiques de l'ancien Régime qu'ils venaient de condamner et de détruire. La démolition de la maison de Buzot et l'érection d'un poteau infamant semblent ramener à la Justice puérile et barbare du moyen âge, déjà surannée et ridi-

1 Citoyens mes Collègues ,

Le trône de Buzot est enfin renversé; il s'est enfui avec ceux qui conspiroient avec lui la perte de la Patrie, du sol où ils avoient allumé les torches de la guerre civile ; ils vont encore les secouer dans les contrées qui semblent favoriser leurs criminelles espérances; nous tâchons de découvrir partout la fuite de ces traîtres.

La femme de Pelion, leur fils et sa femme, autres fugitifs, ont été arrêtés à Honfleur; on va les mener à Paris, j'en ai donné l'ordre avec mon collègue PochoUe, que j'ai laissé à Rouen; ça va, ça va; dans peu de jours ça ira encore bien mieux. (Robert Lindet à la Convention.)

- Buzot professoit la morale de Socrate et conservoit la politesse de Scipion, le scélérat! aussi l'intègre Lacroix, le sage Chabot, le doux Lindet, le réservé Thuriot, le savant Duroi, l'humain Danton et leurs fidèles imitateurs l'ont déclaré traître à la Patrie; ils ont fait raser sa maison et confisquer ses biens, comme autrefois on bannit Aristide et condamna Phocion. Je m'étonne quils n'aient point décrété qu'on oublieroit son nom. C'eût été plus conséquent à leurs vues que de prétendre le conserver avec des épithètes que désavoue l'évidence. {Mém. de madame Roland.)

cule dans la colonne expiatoire de Jean Chàtel, — Nous donnons ici toute la série de pièces qui montrent l'ignorance des exécuteurs luttant de grossièreté avec les promoteurs de ces tristes pénalités.

1 7 Juillet. Lacroix de VEure demande que la maison que Buzot possède à Évreux soit rasée, et qu'elle ne puisse plus jamais être rebâtie.

Thuriot appuie la proposition de Lacroix, et demande en outre que, sur la place où aura été la maison de Buzot, on mette cette inscription :

Ici a demeuré le scélérat Buzot, qui avait conspiré la perte de la Nation française. (Applaudissements '.)

Ces propositions furent décrétées.

27 Juillet. La populace d'Évreux brûle le portrait de Buzot, et sa maison est rasée.

29 Juillet. Le Journal de la Montagne sort de ses habitudes de gravité pour publier une pièce de vers contre Buzot; c'est, dit le sous-titre, une Parodie de la mort de César. Le morceau se termine par ces vers :

Un bruit trop confirmé se répand sur la terre, Qu'à Paris vainement on veut faire la guerre , Qu'un Roi seul peut le vaincre et lui donner la Loi. Buzot va l'entreprendre et Buzot n'est pas Roi;

1 Un membre ayant fait remarquer que la maison de Buzot pourrait être hypothéquée à ses créanciers, Thuriot répondit : « Ne sait-on pas que la nation est trop crande pour ne pas les indemniser de la perte qu'elle leur feroit éprouver? La maison appartînt -elle tout entière à un autre propriétaire, ce seroit rendre service à ce citoyen que de faire consumer par les flammes une habitation qui a été l'asile du crime. (Applaudissements.)

11 n'est qu'un député qui conduit la machine, Mais il peut en chemin trouver la guillotine. Barbaroux, tu m'entends, tu sais ce qu'il me faut; Barbaroux de crier : Vive le Roi Buzot ' !

Inséré par L... (Laveaux).

Journal de la Montagne du 29 juillet 1793.

« La maison, dit M. Boivin-Champeaux, fut démolie pierre à pierre, comme celle de Gicéron à Rome, et celle de Dante à Florence. Aujourd'hui encore, sur les murs de Thabitation voisine, qui fut contemporaine et témoin de ces actes de vandalisme , le curieux peut lire cette inscription sinistre tracée avec la pointe d'une pique ou d'une baïonnette :

Buzot, ce Scélérat, trahit la liberté, Et pour ce crime infâme sera décapité.

M. Boivin-Champeaux ajoute qu'il a vérifié le fait lui-même. (Notices pour servir à F histoire de la Révolution dans le Département de l'Eure, par M. Boivin-Champeaux, avocat général à la Cour de Caen, p. 69.)

Le Décret de la Convention fut exécuté par les soins de la Municipalité. Le Registre des Délibérations du Conseil général de la Commune du 2G Juillet en témoigne de la manière suivante :

(( Le Conseil arrête que la démolition sera faite sous la surveillance des citoyens Dumont et Dubois, qui

' On lit dans le Journal des débats des Jacobins, sous la date du 5 décembre 1792 :

« Monestier se plaint de la jalousie de Petion contre Robespierre ; il se plaint aussi du Roi Buzot et du Prince Royal Barbaroux : il y a quelque anguille sous roche. »

Ainsi, ces plaisanteries meurtrières circulaient depuis longtemps, des la fin de 1792.

prendront toutes les précautions pour causer le moins de dommage possible aux propriétés circon voisines, et que les ouvriers de l'atelier de secours seront employés à cette démolition. » (Même ouvrage, p. 70.)

Nous avons retrouvé dans les Archives municipales d'Evreux les pièces comptables des dépenses faites en exécution du Décret de la Convention et de l'arrêté de la Commune. Nous citons les passages les plus caractéristiques :

Mémoire des Journées faites par moy Saurin Hersent pour la démolition de la maison de Buzot, savoir :

Du Lundis sinq août 1 793 ' . un jour 2 liv. 23 s.

Du Vendredi neuf un jour 2 liv. 23 s.

De plus pour avoir fourny chêne et cordage et aute (pour et autres) outils nessescairre à la ditte démolition et estimé ensemble à la somme de. . . 4 liv.

Total. ... 13 liv. 3 s.

Dépense pour la maison de Buzot, suivant pièces jointes et non compris celle faite par le citoyen Fournier, ancien Officier Municipal :

(Cette dépense, suivant les notes réunies, s'élève à 709 liv. 18 s.)

* Le Journal d'un Bourgeois d'Évreux porte :

« Le samedi 27 , on brûla, sur la place de la FëdéraLion (anciennement Saint-Léger), le portrait de Buzot. On avoit commencé, la veille de ce jcur-là, à raser la maison dudit Buzot, en vertu d'un décret que la Convention avoit rendu à ce sujet. «

Vu, vérifié et approuvé par nous Maire ' et Officiers Municipaux de la Commune d'Evreux, le 23 Nivôse l'an Deuxième de la R. Fr.

Il faut ajouter à ces dépenses les indemnités réclamées par les voisins pour le préjudice c|ui leur a été aucasionnere par la démaulition de la maison de Bnzot , qui a entièrement déclos leurs habitations depuis le rezde-chaussée jusqu'au faîte.

Erection d'un poteau infamant sur l'emplacement de la maison de Biizot.

Le Vendredi 9 août on planta sur la place de la maison de François-Léonard Buzot une Pyramide en pierre où étaient gravés ces mots :

Ici FUT l'asile du Scélérat Blzot, QUI, Réprésentant du Peuple,

CONSPIRA CONRE l'UnITÉ ET l'InDIVISIRILITÉ DE LA RÉPURLIQUE FRANÇAISE.

L'obélisque, supporté par un stylobate carré, élevé sur l'emplacement de la maison de Buzot, était quadrangulaire et avait environ quatre mètres de hauteur; la face antérieure, sur laquelle on avait gravé l'inscription , était à trois mètres environ de l'alignement de la rue. (V. Mémoires d'un Bourgeois d'Evreux^ p. 65, et la note.)

La Pièce suivante indique cjue le premier poteau ne fut pas jugé suffisant , et qu'on le déposa pour le remplacer par un autre plus élevé.

* Le maire se nommait Leroy; il avait changé de nom et se faisait appeler Brise-Orgueil.

Mémoire dos journées de taileiir de pierre faites pour réllévcr et clianger de plasse le poteau plante sur lazille du Celerat lîuzot par les ordres du Procureur de la

Commune d'Evreux 6 1iv. los.;

commencé le mardi 15 octobre 1793 et finie le jeudi 17 du dit mois.

Je soussigné, Commissaire chargé des Inspections des dits ouvrages, [certifie] que Pierre Avis a fait trois jours pour tailler les pierres et ayder à depozer et repozer le dit poteau. — 17 octobre 1793.

Les citoyens Jouanne, vengeurs du peuple, se sont présentés et ont demandé payement d'une somme de 1 70 livres pour avoir, lors de la fête célébrée en l'honneur de la prise de Toulon, brûlé les mannequins du Scélérat Buzot, de Lecerf et de Puysaye.

L'Assemblée ou l'agent national considérant qu'il est juste de payer le salaire de ceux qui sont employés, a réglé et réduit le Mémoire du citoyen Jouanne à 40 livres.

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