Buzot signale à la Convention un arrêté de la
Commune qui ordonne la fermeture des spectacles, et il
blâme cette mesure comme étant propre à compromettre
la tranquillité publique en rendant les groupes plus
nombreux.
324 DOGUiMENTS.
» Souvenez-vous qu'un État qui nous sert d'exemple en liberté ' fit bâtir une ville exprès pour être dépositaire de la représentation nationale... » Il conclut en demandant qu'il soit décrété qu' û y aiivàim maocimum de population pour toutes les municipalités.
18 janvier 1793. — Dans un discours remarquable Biizot demande avec instance qu'il y ait un sursis entre le jugement de Louis XVI et l'exécution -.
» Le premier motif qui me détermine en faveur du siH'sis, c'est le défaut des formes dont on aurait dû se servir dans un jugement d'aussi grande importance.
» Le jugement n'a été rendu que par une simple majorité : une majorité de cinq voix.
» L'agitation, le tumulte qui ont accompagné ce jugement, le moment où vous l'avez rendu, le trouble même d'hier vous seront encore reprochés...
)) Tous ces reproches, qui ne vous paraissent rien aujourd'hui , deviendront considérables lorsque les passions du moment auront fait place aux malheurs publics qui doivent nécessairement suivre l'exécution de votre jugement.
)) Pour le bonheur, pour le salut public, il faut
* Celui des États-Unis. Washington ciioisit l'emplacement de la ville qui devait être le lieu des séances du Congrès. Un architecte français, Lenfant, est l'auteur des dessins d'après lequeis a été construite cette magnifique cité, qui porte le nom de son fondateur Washington.
- « Si je n'écoutais que mon intérêt personnel, que ma sûreté individuelle, je voterais contre le sursis; mais au moment où je dois avec vous concourir au salut de l'Étal, je dois conserver ma mémoire intacte et exempte de tous reproches. Je me soucie peu de ma vie ; j'en ai fait le sacrifice, demandez à mes concitoyens. Je serai assassiné peut-être, mais un jour on me rendra justice... » Ces paroles tristement prophétiques disent assez quelle était la situation de l'Assemblée en ce moment crilicjue.
mettre un intervalle entre le jugement et l'exécution. J'ai l'intime conviction, ajoute Buzot, que l'on veut un Roi à la place de celui-ci, qu'il existe un parti qui en veut élever un autre. » Il cite en terminant l'exemple de l'Angleterre. « Rapprochez ces événements de ceux où nous sommes, vous verrez que ce parti ne veut la mort de Louis XVI que pour y placer un autre Roi.
CouTHON. — (( Je déclare ({ue quand ce serait Buzot qui voudrait être Roi, je lui brûlerais la cervelle. »
Buzot conclut à ce qu'il y ait un intervalle entre le jugement et l'exécution et à ce que dans cet intervalle on exile tous les prétendants au trône.
^S janvier. — Real propose, au nom du Comité des Finances, de décréter que les avances faites par le concierge de l'Abbaye pour les prisonniers qui y étaient détenus seront payées par le trésor national.
Buzot. — « Je m'oppose à ce décret pour l'instant. A l'époque du 2 septembre il y avait à l'Abbaye des prisonniers de deux espèces. Les uns étaient détenus dans cette prison par les ordres émanés d'une autorité légitime, les autres y avaient été jetés en vertu d'ordres arbitraires. Certes, il n'est pas juste que le trésor national supporte des dépenses occasionnées pour satisfaire la vengeance d'hommes de sang. Je vous demande l'ajournement jusqu'à ce que votre Comité vous ait fait connaître quelle autorité avait fait enfermer à l'Abbaye les prisonniers qui ont été massacrés les premiers jours de septembre. »
Cette motion fut rejetée.
Dans la même séance Buzot attaque le Comité de sûreté générale à raison des nombreuses arrestations arbitraires ([u'il se permet, notamment celle de l'auteur
d'un journal appelé le Tableau politique de Paris; il demande le rapport du décret qui a fixé à douze les membres de ce Comité. Cette proposition occasionne un violent orage dans la Convention. Buzot est accusé par Julien d'être la cause de la mort de Le Pelletier.
Le Tableau, politique de Paris disait dans son article ({ que la liste des membres du Comité de sûreté générale étoit encore souillée des noms des Bazire, des Chabot, et autres hommes de sang... Ce Comité est le Comité des Dix de Venise; ils n'ont qu'à dire : Poignardez, et l'on poignarde. »
Carrier. — « Vous voyez que Buzot est l'apologiste des assassins. »
La proposition de Buzot fut repoussée.
9 février. — Buzot justifie la conduite du Département du Var relativement à la levée d'un bataillon envoyé à Paris. (( Je remarque avec douleur que quand il s'agit des Départements, on se plaît à élever des doutes sur leur civisme. »
i \ février. — Discours de Buzot sur l'armée. Il s'oppose à la fusion que l'on proposait entre les troupes de ligne et les volontaires. Il repousse aussi l'avancement par l'élection des soldats , comme contraire à la discipline, et il conclut au rejet du projet de Dubois- Crancé.
il février. — Une députation des quarante -huit Sections de Paris étant venue demander la suppression de la libre circulation des grains, et l'un des députés s'étant donné comme le vice-président de la commission des subsistances et comme représentant ses frères des déparlements j Marat demande qu'ils soient poursuivis comme perturbateurs du repos public. Buzot
apYJuie sa proposition. « Je le dis aux citoyens des Départements, si les citoyens qui "vont dans les Sections se laissent plus longtemps tromper par les hypocrites en patriotisme, Paris, qui a été le berceau de la liberté, en deviendra le tombeau... » Puis s'adressant aux Parisiens... «Ne vous y trompez pas, votre sol ne produit rien; c'est le nôtre qui vous nourrit. Si vous arrêtiez la circulation des grains, vous péririez de misère, tandis que nous serions dans l'abondance. »
Il demande que le particulier qui s'est présenté au nom des Départements , et que sans doute les Départements ne connaissent pas, soit interrogé.
26 février. — (( Sur la mise en accusation de Marat : Je dis que le décret de mise en accusation de Marat est impolitique et dangereux : impolitique, parce qu'à la faveur de la liberté illimitée de la presse Marat serait acquitté de toute accusation; dangereux, parce qu'il donnerait de l'importance à un homme qui n'agit pas par lui-même, mais qui est l'instrument d'hommes pervers... » (Murmures ^) Sa conclusion est de passer à l'ordre du jour sur la proposition de Barère, parce que la Convention, en prenant des mesures insignifiantes, peut perdre la patrie.
5 mars. — Choudieu demande que les volontaires
1 Au milieu des interruptions qui l'assaillirent en ce moment, Buzot répondit avec un à-propos qui prouve chez lui autant d'esprit que de sang-froid :
Buzot. — « Je rends grâces de chaque instant de mon existence à ceux qui veulent bien me la laisser, et je regarde ma vie comme une concession volontaire de leur part...
Une voix. — Il faut agir, et non bavarder. — Buzot. — Vous avez raison, vous qui m'interrompez. »
(jui sont à Paris reçoivent une solde, et que sous trois jours le ministre de la guerre rende compte de leur départ de Paris. Buzot insiste pour Tajournemenl de cette proposition. La présence des volontaires à Paris y est nécessaire. Ce sont les volontaires Brestois qui ont réprimé la dernière émeute... Paris ne peut opposer une résistance convenable aux malveillants si les citoyens des Départements ne le secondent. Les citoyens de Paris sont las de cet état de choses... il est impossible que, s'il dure encore, l'herbe ne croisse pas dans les rues de Paris.
10 mars. — Cambacérès demande l'organisation du Tribunal Révolutionnaire et la réorganisation du ministère.
Buzot adhère à la seconde partie de la proposition, mais il repousse de toutes ses forces la première... Confondre tous les pouvoirs, ce serait usurper la liberté publique et créer un despotisme dont on ne peut apercevoir le terme et dont l'orateur déclare être enfin las lui-même 1 Ce despotisme serait plus affreux que celui de l'anarchie.
12 mars. — Lesage, d'Eure-et-Loir, lit un arrêté de la Section Bon-Conseil du 10 mars, portant qu'il sera envoyé une députation à la Convention pour demander que Brissot, Petion, Buzot, Guadet, Yergniaud, Gensonné, Lanjuinais soient mis en état d'arrestation et poursuivis devant un tribunal révolutionnaire '.
20 mars. — Nomination des membres composant le nouveau Comité de défense générale sous le nom de
1 L'un des pétitionnaires entendu à la barre dit que Rolland [sic), accusé de toutes parts, jouissait de sa liberté, et que les citoyens de la Section pensaient qu'il aurait dû porter sa tète sur l'échafaud.
Commission de salut public, — Dubois-Crancé, Petion, Gensonné, Guyton-Morveau, Robespierre l'aîné, Barbaroux, Rhiil, Vergniaiid, Fabre d'Eglantine, Buzot Delmas, Guadet, Condorcet, Bréard, Lamy, Prieur de la Marne, Camille Desmoulins, Barère, Quinette, Cambacérès, Jean Debry.
'■il mars. — Une députafion des quaranle-lmit Sections de Paris se plaint de ce que le Tribunal Révolutionnaire, créé depuis plus de vingt jours, n'eût encore fait tombeisous le glaive de la loi la tôle d'aucun coupable. Elle demande que si la Convention se sent insuflisante pour sauver la patrie, elle ait le courage de le proclamer.
Le président Jean Debry répond que la Convention nationale appartient à la République française, que Paris en est le dépositaire.
Petion propose de consulter les assemblées primaires et de s'en remettre à elles de l'exclusion des membres qui n'ont pas leur confiance.
Boyer-Fonfrède veut qu'on dise aux pétitionnaires : La Convention nationale répond de sauver la patrie, mais vous, vous répondez du sort de la Convention.
Buzot demande la question préalable sur la proposition de Fonfrède, et il explique sa pensée : « Dans un moment où la Constitution n'est pas encore votée, où il n'y aurait pas encore de traité d'alliance entre les diverses parties de la République, ce serait à la députation de Paris à répondre aux Sections de Paris, car nous ne sommes ici que les ambassadeurs de chaque partie de la République... » (Violente interruption. On crie que Buzot prêche le fédérahsme.) Buzot continuant : « Mais si un traité d'alliance existe entre les Sections de la République, on doit prendre le vœu de la majorité
de l'Assemblùe, et alors il est de la dignité de la Convention de ne faire d'antre réponse aux pétitionnaires que celle qui leur a été faite par le président. »
Marat se plaint de ce que les chevaux de luxe ne soient pas encore saisis pour le service de la patrie, et éclaboussent encore les passants dans la rue au lieu d'être employés à l'armée... de ce que des émigrés aient été relâchés, etc.
29 mars. — Buzot, répondant à Marat, s'élève contre les dénonciations perpétuelles qui avilissent la représentation et tendraient à la transformer en club. Il s'élève aussi contre ces hommes qui ne rêvent que révolutions, convulsions, et qui proposent de septembriser sans cesse... IMalhenr si de pareils hommes, qui font l'exécration de l'univers, pouvaient avoir ici une domination !
Buzot provoque la lecture d'une lettre interceptée écrite par Louis-Philippe d'Orléans à son père.
3 avril. — Rousselin présente une pétition au nom de trente-cinq Sections, tendant à l'expulsion de vingtdeux membres de la Convention. Buzot est le sixième sur cette liste.
G avril. — Buzot s'oppose à l'organisation du Comité de salut public. Ce serait la dictature. Un Comité de surveillance suffirait.
8 avril. — Nouvelle demande d'accusation contre Buzot par la Section Bon-Conseil.
13 avril. — Discussion orageuse à propos de la circulaire adressée aux Départements par la société des Jacobins , et signée par Marat comme président.
Buzot. — « Si les Sections de Paris ont le droit de se convoquer pour venir demander elles-mêmes l'expulsion
de quelques meml)rcs de la Convention, les Départements peuvent suivre leur exemple pour se sauver eux-mêmes. C'est dans les Assemblées primaires que j'appelle mes dénonciateurs. C'est là qu'on nous jugera; c'est là que nous verrons quels sont les plus agréables au peuple. »
Quant à Marat, il s'étonne que cet homme jette encore la division dans l'Assemblée, qu'il ait seul le droit d'être au-dessus de la loi. La Convention n'a jamais assez connu sa puissance ; elle pourrait trouver dans cette ville, qu'on a tant calomniée, cent mille défenseurs.
Il demande que Marat soit décrété d'accusation. La Convention doit enfin réprimer un homme qui a dégradé la morale publique, dont l'àme est toute calomnie, et la vie entière un tissu de crimes. Les Départements béniront le jour où vous aurez délivré l'espèce humaine d'un homme qui la déshonore.
Jeudi^^mai 1793. — Buzot. « Tout le monde sait ce que l'on entend par l'arrestation des personnes suspectes ; c'est pourquoi je demande que l'apphcation de cette mesure soit bien précisée. C'est moi qui ai informé le Comité de quelques détails sur la conspiration du 10 mars. Dimanche à minuit le coup devait être porté. Les conspirateurs s'étaient réunis dans une salle de la mairie, et le Maire de Paris ne se trouvait pas alors parmi eux.
(( Voici une des causes qui empêcha la conspiration d'éclater.
» Le Président de la Section de 1792 fit cjuelques réflexions sur les projets agités dans cette assemblée, et pour cela il fut chassé. Un citoyen de la Section de
la Fraternitt' s'occupait à prendre des notes sur ce qui se passait, on le chassa aussi : cola fit naître des disputes; et voilà comment le complot ne fut pas exécuté.
» Ce que j'ai ouï dire de cette affaire, c'est que la liste des gens suspects qu'il fallait faire mettre en arrestation se montait à sept à huit mille, au nombre desquels se trouvaient plusieurs membres de la Convention. Mais nous nous sommes réunis un certain nombre, et il aurait fallu une force un peu imposante pour nous faire peur. »
31 mai. — Les membres composant l'administration du Département de Paris, réunis aux autorités constituées de la Commune et aux commissaires de Sections, sont admis à la barre,
Lhuillier, Procureur général syndic, porte la parole comme orateur de la députation. « Depuis longtemps, dit-il, la ville et le département de Paris sont calomniés aux yeux de l'univers... Les mêmes hommes qui ont voulu perdre Paris dans l'opinion publique sont les fauteurs des massacres de la Vendée.
)) Nous venons demander justice du sacrilège politique proféré par Isnard dans le temple sacré des Lois...
» Il est des hommes non moins cruels contre lesquels nous vous demandons le décret d'accusation.
» On distingue particulièrement parmi les ennemis de la patrie les membres du Comité des Douze, les Brissot, les Guadet, les Vergniaud , les Gensonné, les Buzot, les Barbaroux, les Roland, les Clavière, et tous les auteurs du royalisme proscrits par l'opinion. »
2 juin. — Décret qui place Buzot, ainsi que les autres girondins proscrits, en arrestation dans son domicile.
\ïjuiii. — Un membre de la députation de l'Eure, envoyée à la Convention, après les événements de Pacy et A'ernon ;
« Frappez du glaive les conspirateurs. Nous vous déclarons que Buzot est coupable. »
Dès le 23 mai, Buzot cesse de prendre la parole à la Convention. On remarque avec étonnement ce silence dans les séances orageuses qui précédèrent la chute de la Gironde. Au 31 mai, il ne monte pas à la tribune; au 2 juin , il ne paraît pas à la séance. 11 savait qu'il était porté au premier rang sur les listes de Proscription, qui circulaient depuis longtemps". Ce n'est pas là sans doute ce qui l'aurait fait reculer; mais s'il ne redoutait pas la mort, il voulait vendre chèrement sa vie, et ne pouvant à lui seul opposer une résistance sérieuse à la force, il préféra s'abstenir et s'éloigner.
Madame Roland fut arrêtée le 31 mai, et écrouée à l'Abbaye. Suivant M. Boivin-Champeaux, Buzot aurait dit, en apprenant cette arrestation : « Jo la sauverai ou je périrai avec elle. » Mais un ami dévoué, Grivel, se serait attaché à sa personne, et l'aurait fait sortir de
' Buzot est inscrit le second sur deux tableaux qu'on trouve dans les papiers du comité insurrectionnel des Neuf.
Le premier est intitulé :
Liste des conspirateurs de la Convention dont il faut s'assurer.
Le second porte ce titre :
Liste des députés qui n'ont pas cté mis en t'iat d'arrestation , n étant plus dans leur domicile.
Paris, l'empêchant ainsi de se perdre sans sauver madame Roland. 3lalgré cette explication, l'inaction de Buzot reste obscure. Il est difficile de croire qu'il n'ait tenté aucun effort pour mettre à l'abri une tête si précieuse pour lui. Peut-être pensa-t-il qu'il pouvait servir plus utilement son parti et celle qui, après en avoir été l'àme, en devenait la victime, en faisant appel à cet esprit de nationalité provinciale qu'il avait si énergiquement défendu depuis la Constituante jusqu'à la Convention.
Dès le 4 juin, il arrive à Évreux. Mais quoiqu'il eût été reçu naguère dans cette ville au son du canon et des cloches, il s'arrêta d'abord au vieil Évreux, chez le citoyen Vallée, curé constitutionnel, et il s'assura des dispositions de la population à son égard en faisant annoncer son arrivée au Conseil général du Département. On lui donna l'assurance qu'il serait reçu avec bonheur par ses Concitoyens.
Biizot se rendit d'abord au sein du Conseil. Il dit « qu'il s'échappoit des assassins et des poignards, que la Convention n'étoit pas libre, que ses Décrets, dès lors, étoient sans force, sans autorité, et par suite illégaux, et qu'en Député honnête, loyal et consciencieux, il ne lui restoit plus qu'à protester contre leur illégalité. » Sa personne fut mise sous la sauvegarde du Département.
Buzot se présenta ensuite à la Cathédrale, oii se tenait la réunion des Sections. Il monta dans la chaire, qui servait de tribune, et traça le tableau des attentats commis contre la Représentation Nationale par la Commune insurrectionnelle de Paris et le parti de la Montagne.
G jiiiîi. Arrêté de l'Assemblée extraordinaire du Département de l'Eure, qui déclare ({ue l'Assemblée Nationale (sic) n'est pas Libre, et décrète qu'il sera organisé, concurremment avec les autres Départements, une force armée pour marcher sur Paris. Cette force armée est fixée à 4,000 hommes pour le Département de l'Eure.
Buzot parait avoir été rejoint à Evreux par Salle et Gorsas ' ; c'est ce qui résulte de la lettre suivante, adressée au Comité de sûreté générale.
Archives de l'Empire.
Biizot, Salle et Gorsas péroroient tour à tour au Département samedi soir (8 Juin) à sept heures; le dimanche (9), à l'Église Saint-Nicolas; le lundi (lo), aujourd'hui huit jours, à la Cathédrale, il excitoit le peuple à détruire les Jaeohins, à écraser la Montagne, étouffer la Municipalité, et à ne pas laisser subsister une ville aussi coupable. Le résultat de leurs infâmes discours a été un Arrêté du Département de l'Eure, qui a ordonné une levée de quatre mille hommes pour marcher sur Paris , et pour s'emparer de toutes les routes qui y conduisent. (Il y a ici un léger anachronisme. L'Arrêté qui faisait la levée de quatre mille hommes étant du 6 Juin, comme on vient de le voir.)
Bnzot a demandé que cette armée ne parte que quand la Bretagne et les Départements voisins seroient prêts à marcher sur Paris.
Ces derniers mots expliquent mieux le départ de Buzot pour Caen qu'on ne l'a fait jusqu'à ce jour. On
1 Gomme Buzot étoit en quelque sorte tranquille à Évreux, plusieurs de ses concitoyens qui avoient aussi été mis en arrestation le vinrent rejoindre dans cette ville, et ensuite ils partirent pour Caen. Ils furent suivis par d'autres Députés qui arrivoient journellement de Paris. (Mémoires d'un Bourgeois d'Évreux.)
a dit qu'il avait quitté Kvreux par suite du Décret d'accusation porté contre lui, craignant d'être arrêté par quelque agent de la Convention, ou de compromettre ses amis '.
En présence de l'arrêté du (5 Juin et de Tattitude prise par l'Assemblée du Département de l'Eure, Buzot ne pouvait concevoir aucune crainte, soit pour luimôme, soit pour ses amis. On comprend au contraire (|uc, du moment où il voulait que le contingent d'Évreux attendît les fédérés de la Bretagne et des Déparlements voisins, il était naturel qu'il se rendît à Caen pour lu\ter la marche des troupes Départementales sur Paris.
Arrivé à Caen, son premier soin fut de publier, conjointement avec Salle, un Manifeste qui fut tout à la fois un récit des événements des 31 Mai et 2 Juin, et une protestation contre les attentats commis envers la nation dans la personne de ses Représentants.
A^oici le début de ce Manifeste :
Lorsque la Représentation nationale cesse d'être libre et que la vérité est étouffée, le temple des Lois doit être fermé; et alors, ne pouvant remplir notre mandat, le premier de nos devoirs est celui de vous en instruire; nous nous bornons à des faits évidents, et nous laissons le soin d'en tirer les conséquences
Nous Représentants du Peuple, expulsés par la force du lieu
' Extrait d'une lettre datée du 14 juin, et adressée par Robert- Thomas Lindet à la municipalité d'Évreux : « Buzot est parti pour Caen avec ses associés; quelle bonne capture pour ceux qui saisiroient cette marchandise de contrebande! Une prompte détermination peut rendre à Évrcux l'honneur de sauver le Département de l'Eure de la guerre civile. Il n'est pas besoin d'attendre l'expédilion d'un décret pour saisir des révoltés. » (Lettre citée par M. Boivin-Charapeaux, p. 51.)
de nos fonctions, attestons la vérité des faits détaillés en ce compte, dont les uns se sont passés devant nous, et les autres devant plusieurs de nos collègues, qui nous les ont rapportés de la même manière, et dans lesquels nous avons la confiance la plus grande.
A Caen, le 13 Juin, l'an II de la République une et indivisible.
Signe : Salle et F. Buzot * .
Plus tard, il recommença dans les assemblées publiques les efforts qu'il avait tentés à Évreux avec ses Collègues'".
Enfin lorsqu'il lui parut qu'il ne suffisait plus de parler, et que le moment d'agir était venu, il proposa de marcher sur Évreux en tête des bataillons de volontaires qui devaient composer l'armée fédéraliste.
i A Caeii, de l'imprimerie nationale; chez G. Leroy, 1793. (Collection de M. G. Renard de Caen.)
- Ces derniers arrivent ici*; déjà on en compte dix ou douze; Gorsas, Buzot, Lesage, Sales, etc. Ils vont à la Société des Jacobins engager les habitants à se porter sur Paris, pour, disent-ils, rendre à la liberté cent cinquante membres qui sont restés purs. Ils tonnent contre la Montagne, le Département et la municipalité de Paris; ils disent que ces autorités s'arrogent tous les pouvoirs, qu'elles font la loi à la Convention ; ils terminent par demander main-forle pour en imposer au reste, qu'ils nomment brigands, et maintenir par cette mesure la République une et indivisible, la Liberté et l'Égalité. Ce sont bien là mes Dieux; je suis armé pour les défendre, mon ami; mais est-il vrai qu'à Paris ils ne sont point révérés, et que la Montagne n'en veut point?
Je brûle d'avoir ta réponse pour me servir de guide dans la position critique où je me trouve en cette ville.
(Lettre écrite de Caen le 14 juin 1793, par le citoyen Chrétien, membre de la Société des Jacobins de Paris, au C. Decaux, publiée dans La Révolution telle quelle est^ par Legros.)
* Les députés fugitifs Gorsas et Henri Larivière ne parurent que dans la séance du soir, dimanche 9 juin, arrivés les premiers à Caen.
« Lorsque j'arrivai à Caen, dans le courant de Juin dernier, je m'aperçus sur l'heure de l'inutilité de nos efforts pour sauver la France : je vis que tout était perdu. Il m'eût été possible de fuir en Angleterre, mais l'Angleterre étoit en guerre avec la France '. Je proposai pour avis à mes collègues de nous confondre dans les bataillons qui marchaient vers Évreux. » {Mémoires, p. 144.)
Ruzot dut quitter Caen avec ses Collègues pour se rendre à Lisieux, tandis que l'armée fédéraliste marchait sur Paris. Il revint à Caen après l'insuccès de l'engagement de Vernon (13 Juillet 1793), et bientôt, lorsque les Administrateurs du Calvados firent leur soumission à la Convention, il se mêla aux. rangs des Bataillons de la Bretagne avec Petion, Guadet, Salle et Louvet.
• Nous empruntons au Journal de Marat, dont le rapprochement avec les révélations de Buzot nous paraît assez piquant, le passage suivant :