‹ Charlotte de Corday et les Girondins (volume 2)Chapitre 158 sur 174 · LETTRES DE BARBAROUX · texte numérisé non relu

LETTRES DE BARBAROUX

Pour les trois amis ',

Vous ne nous avez pas fait passer le Sceau qui nous est si nécessaire, et la Cire d'Espagne à faire reuipreinte. N'oubliez pas de nous les envoyer.

Vous recevrez par madame...^ un Petit poëme de ma façon sur ma Maison des champs. Le genre en est je crois nouveau ; mais la poésie en est-elle bonne ? C'est à vous à me l'apprendre. Je le soumets à votre critique. Examinez l'ensemble les détails et jusque à la versification, jusqu'aux Rimes. Plus votre critique sera sévère, plus elle me sera agréable. Faites-vous des amis prompts à vous censurer. Déjà ceux d'ici ^ ont indiqué des changemens que le désir de montrer ce badinage à madame... ne m'a pas permis d'elfectuer; par vos soins et les leurs, ce petit poëme pourra A^alloir quelque

point qu'une main mercenaire se lève sur loi, meurs libre comme tu sus vivre, et que ce généreux courage qui fait ma justification l'achève par ton dernier acte. »

Dans les lettres récemment découvertes do madame Roland à Barbaroux, elle dissuade au contraire Buzot de se donner la mort.

« Tu me parles fort légèrement du sacrifice de ta vie, et tu semblés l'avoir résolu fort indépendamment de moi... Faudrait-il donc abandonner toute espérance d'être jamais rapprochés, et ne voir que la tombe où nos éléments pussent être confondus? Ne te laisse donc pas entraîner par l'excès même du courage vers le but où mèncroit aussi le désespoir... » (Édit. Dauban, p. 49.)

1 Guadet, Sahe et Saint-Brice Guadet.

' On lit en marge ces mots, écrits d'une main étrangère : Bouquey [elle est arrêtée).

3 Ceux d'ici, c'est-à-dire Petion et Buzot, avec lesijuels Barbaroux était caché chez Troquart.

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chose. Adieu, bons amis; les Eveneraens semblent ne pas vouloir se dérouler, mais l'impulsion une fois donnée, a TouYerture de la campagne peut être marcheront-ils bien vite? Je vous embrasse de tout mon cœur et les camarades aussi.

Au dos : Pour Saint-Bris (de la main de Barbaroux).

Archives de la Secrétairerie d'État,

Carton 117,

Papiers de Pelion et écrits de Barbaroux.

Les vers annoncés par Barbaroux dans cette lettre ne se retrouvent pas parmi les papiers du Comité de salut public. Nous y suppléons en reproduisant ici une Odo qu'il composa sur YÉlectricité.

Nous l'empruntons à un ouvrage intéressant publié en Tan YIII par Jacques Cambry. Elle est précédée de curieuK détails sur le séjour de Barbaroux en Bretagne et sur le caractère de sa mère, détails d'autant plus précieux qu'ils correspondent à une période pendant laquelle les Mémoires de Louvet nous font défaut, ainsi (|ue ceux de Barbaroux lui-même.

Extrait d'un ouvrage intitulé Voyage dans le Finistère, ou État de ce département en 1794 et 1795; Paris, an VII de la R. F. (par Jacques Cambry), p. 304.

Je serois coupable, en parlant du district de Pont- Croix, de ne pas rendre hommage à la générosité, au courage, à l'héroïsme du C" C. — Il habitoit la terre de K. — à une demi-lieue de Pont-Croix, près de Pouldavid, dans le moment où le couteau des assassins

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se promenoit sur toutes les têtes, où les Loix contraignirent le fils à livrer son vieux père à l'écliaffaud , la femme à trahir son époux, le père à sacrifier son fils '.

Il osa, dis-je, ouvrir sa porte, donner son lit, ses soins et toute espèce de secours à de malheureux fugitifs; il compromit son existence, la tête de sa femme, celle d'une nièce chérie, la tranquillité de ses sœurs, d'un père, d'une mère, âgés de quatre-vingt-cinq ans. Il eut la fermeté, entouré d'espions, de leur montrer toujours un front serein; il appella souvent chez lui la gendarmerie, les plus ardens dénonciateurs, dans le moment où leurs victimes n'étoient séparées d'eux que par des planches. Barbaroux, Louvet et Roujoux entendoient de leur retraite les vociférations de ceux qui les cherchoient

La mère de Barbaroux, sous les habits d'une lingère, plaisoit à tout le monde par sa douceur et sa politesse; elle veilloit et consoloit son fils, elle soutenoit son courage, lui promettoit des jours heureux et lui montroit un front calme, serein, quand la crainte, le désespoir, bourelloient son àme sensible.

J'ai vu depuis cette femme respectable; elle ignoroit le sort de son malheureux fils. Ses yeux rouges trempés de larmes, son teint décoloré, me peignoient sa douleur profonde.

Les consolations que nous nous efforcions de lui donner faisoient briller son œil; elle sourioit quelquefois pour retomber dans cet affaissement. Dans la langueur cruelle qui succéda toujours à des espérances trompées : « Sacrifiez votre jeunesse au soin de votre

1 Pont-Croix est à 7 kilom. 12, et Pouldavid à 4 kilom. 1,2 de Quimper.

enfant que vous avez nourri, ne laissez pénétrer dans son àine (jue des sentiments vertueux, exaltez son esprit, inspirez lui des manirs, l'amour de la Patrie; préparez-le au saint dévouement qu'elle exige, livrez le sans défaut à la Société, et voilà votre récompense. » C'est la seule plainte que cette mère respectable ait proférée pendant mon séjour à K...

Barbaroux, commandé par son imagination, fit à K... une Ode sur les volcans.

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