A SES COMMETTANS
exposé à la haine, à ringratilude et aux persécutions du Peuple pour le servir, nous avons préféré notre consience a la renommée et le sentiment de nos devoirs à une vaine gloire et aux applaudissemens d'une multitude Égarée.
Nous avons été tenté plusieurs fois de donner notre démission et nous avons toujours été retenus par l'idée que nous ne devions pas quitter notre Poste \
Victimes du complot qui a mis le comble aux excès de ces hommes affreux et qui a éclaté le 21 juin, nous avons vu avec joye que la nation sortoit de sa létargie pour se venger de l'outrage qui lui étoit fait dans la personne de ses Représentans -.
Retenus captifs par la violence, nous avons brisé nos fers, nous avons échappé à la tyrannie et aux poignards des Assassins, convaincus que tous les moyens de fuir l'oppression sont légitimes.
Nous nous sommes retirés dans les départemens qui offroient l'azile le plus sûr% attendant avec impatience
* Mém. de Buzot, p. 15 : « Déjà, ne voulant point trahir ma consciences et mes principes, j'avois été sur le point plusieurs fois, avant mon expulsion de la Convention, de me démettre de ma place... Je ne sais quel amour-propre qu'on honoroit du nom de devoir me retint à mon poste malgré moi. »
~ L'attentat du 2 juin excita d'abord une réprobation presque unanime dans les départements. Ce serait une curieuse étude à faire que de dresser la statistique complète et exacte des villes qui se déclarèrent contre l'insurrection parisienne ; mais ce serait aussi un immense travail qui ne peut trouver place ici. J'aurai occasion d'y revenir en traçant la biographie de Charlotte de Corday.
3 A Êvreux d'abord, dans le Calvados ensuite. Ce que disent Petion et Buzol est rigoureusement exact. Les Girondins, à Caen, ne prennent pas un rôle actif; ils ne marchent pas à la tète des troupes, ils se bornent à protester et à demander des juges : « Pour nous, nous » avions cru que le devoir de nos places et l'intérêt de la liberté nous
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le grand jour de la Justice, demandant sans cesse a être jugé par la Nation et voulant traîner devant ce Tribunal auguste les Scélérats qui nous avoient aussi indignement persécutés, qui plongoient la nation dans la plus horrible Anarchie et de l'Anarchie dans le Despotisme en lui parlant sans cesse de Liberté.
Nous n'avons jamais tenté de nous rendre personnel le mouvement (P. vraiment) sublime et national des Départemens, dans l'opinion intime ou nous étions que ce seroit dégrader une aussi grande cause et la faire dégénérer en une querelle de parti.
Nous avons vu avec douleur qu'il n'y avoit ni ensemble, ni concert dans ces mesures de résistance à l'oppression et que les Tyrans de notre Patrie réunis en un point central avoient un avantage immense sur des parties (P. divisées et) eparses, divisées et agissant isolement. — Notre douleur s'est accrue, lorsque nous avons vu la Lassitude, la Foiblesse, l'Égoisme, la Mésintelligence et la Corruption détruire insensiblement les Elans généreux qui avoient armé toute la France.
Tant que la Liberté (P. de la République) n'a pas été entièrement désespérée, nous n'avons pas voulu abandonner sa cause, nous nous sommes exposés à tout
» obligeoient à rester spectateurs débonnaires et paisibles de cette » grande révolution. Nous nous contentions d'élever les mains vers » le ciel pendant qu'on se battoit dans la plaine. » (Mémoires de Buzot, p. 143.)
Buzot ajoute que tel n'eût pas été son avis, et qu'il eût préféré mourir les armes à la main. Il paraît qu'il avait fait part de cette résolution à madame Roland , car celle-ci la combat avec énergie : « Je suis pressée de ni'éiever contre ta résolution de te mettre sous les armes, etc.. Vous (lui et ses collègues) auriés l'air de... satisfaire dos vengeances personnelles. . . » (Lettres inédites publiées par G. A. Daubaii ; Paris, Pion, 1864, p. 42.)
pour la défendre errant sans cesse dans notre infortunée Patrie, à travers mille fatigues et mille dangers, (P. périls) partout persécutés et supportant toujours avec courage notre position.
Il nous eut été facile de passer en Angleterre dont les Côtes étoient à notre proximité, nous n'avons jamais voulu donner ce nouveau moyen de calomnie à nos enemis; et nous avons préféré le séjour d'une Patrie ingrate ou nous étions exposés chaque jour a perdre la vie à la jouissance de la Tranquillité et de la Liberté chez un Peuple armé contre la France ' .
Non seulement nous n'avons cherché aucun moyen de surete personnelle chez ce Peuple, mais nous nous sommes refusés à l'ouverture qui nous a été faitte de négocier avec lui à une époque où nous étions le plus en butte à la persécution et où il nous restoit le moins d'Espérance d'y échapper ^.
1 Dès le mois de décembre 1792 , Robespierre (l'aîné) avait dit :
« Si nous sommes calmes , dans deux mois les Brissotins seront forcés de fuir et d'aller chercher un refuge en Angleterre. » (Séance des Jacobins du 23 décembre; Journal des Débats du 25.) Son idée fixe était « que la Gironde avait formé le projet de se réunir avec l'Angleterre ». {Mém. de Garât, Bûchez" et Roux, vol. XVIII, 338.)
On retrouve la trace de cette pensée persévérante dans un discours de Robespierre le jeune aux Jacobins, séance du 23 juillet 1793 : « Je profite de la parole pour vous annoncer que les Pethion, les Buzot et autres députés fugitifs se proposent de passer en Angleterre. » Il demande qu'on établisse une croisière pour enlever tout ce qui se montrera dans ces parages. (Applaudissements.)
^ Allusion à la proposition de Wimpffen, attestée par Louvet. « Te- » nez, reprit Wimpffen, je vous parle franchement, je ne vois plus » qu'un parti capable de nous procurer sûrement et promptement des «hommes, des armes, des munitions, de l'argent, des secours de A toute espèce : c'est de négocier avec l'Angleterre, et moi j'ai des » moyens pour cela; mais il me faut votre autorisation et votre enga-
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Nous pensons donc que notre Yie Politique dans la l'évolution est exempte de tous reproches; et nous portons à nos Ennemis le défi le plus formel de prouver contre nous aucun Fait qui non seulement blesse la délicatesse, mais dont un homme de bien ne puisse s'honorer'.
Maintenant qu'il nous est démontré que la Liberté est perdue sans ressource; que les Principes de la Morale et de la Justice sont foulés aux pieds; quil ny a plus (P. à choisir qu'entre deux Despotismes) qu'à choisir entre deux Despotismes celui des Brigands, qui
» gemcnt. » Récit de mes j)érils, p. 46. Petion, dans ses Mémoires, rapporte celle proposilicn de Wimpfïen dans les mêmes termes.
Disons aussi que les Girondins avaient porté des lois cruelles, souvent injustes, contre les émigrés. Placés dans la même situation, obligés de fuir un pays oîi leur sûreté personnelle était compromise, ils ne pouvaient demander un asile à une terre étrangère sans se mettre en contradiction avec eux-mêmes et sans se condamner par leur propre conduite. C'est ainsi que Louvet, échappé de Paris, ne passe pas en Suisse; il reste sur la frontière, prêt à sortir en cas d'alarme, mais ne voulant pas qu'on pût dire qu'il avait quitté le sol français, qu'il avait émigré*. Les Girondins subissaient ainsi la peine du talion. Paiere legem quam ipse tulisti. Celte loi qu'ils avaient faite était celle du 28 mars '1793, dont l'arlicle 6 déclare émigrés ceux qui sortiront du territoire de la République sans avoir rempli les formes prescrites par le décret, c'est-à-dire sans passe-port.
* « ...Au milieu de persécutions atroces... sur les débris de ma maison abattue, réduit à la misère, sans pain, sans vêtements, sans asile, je contemple avec un doux frémissement de plaisir la carrière que j'ai parcourue avec désintéressement, courage et intrépidité. La douce fraîcheur d'une belle nuit d'été n'est pas plus pure que ces derniers jours de ma vie! » (Mémoires de Buzot, p. 22.)
* « De rimpcnôtrable asyle, de la caveriie profonde où je m'étois jette sur les âpres nionlagnes qui de ce côté limitent la France , je voyois et je touchois pour ainsi dire l'antique Helvétie. Au premier bruit, à la moindre allarme, je pouvois me précipiter sur le tenitoire neutre; puis, ayant vu passer l'enricmi , remonter à ma retraite et rentrer eu n.ême temps dans rr.a patrie. » (Récit de mes périls, p. 161.)
déchirent le sein de la Fiance et celui des puissances étrangères; que la nation a perdu toutte sa Dignité et son Énergie, quelle est aux pieds des Tyrans qui l'oppriment, que nous ne pouvons plus rendre aucun service à notre Pays (P. à notre patrie) que loin de pouvoir faire la consolation et le bonheur des êtres, qui nous sont les plus chers, nous attirerons sur eux tant que nous existerons la haine et les vengeances (P. et le malheur) nous avons résolu de quitter la vie, et de ne pas être 'témoins de l'Esclavage qui va désoler notre malheureuse patrie (P. pays).
Nous Vouons au mépris et à l'exécration publique de tous les Siècles les vils Scélérats, qui ont détruit la Liberté et plongé la France dans un abyme de maux. — Nous recommandons notre Mémoire aux gens de bien et aux amis de la Vérité et de la Liberté.
F. N. L. Blzot'. Petion.
Archives de rEmpive.
Section du Secrétariat.
Carton 28.
' Il est curieux de voir Buzot séparé de maflatne Roland, méditer et exécuter la résolution qu'elle lui conseillait dans ces énergiques paroles :
a Et toi que je n'ose nommer ! toi que l'on connaîtra mieux un jour, en plaignant nos communs malheurs; toi que la plus terrible des passions n'empêcha pas de respecter les barrières de la vertu , t'afiligerais-tu de me voir te précéder aux lieux où nous pourrons nous aimer sans crime, où rien ne nous empêchera d'être unis?... Je vais t'y attendre et m'y reposer : reste encore ici bas, s'il est un asile ouvert à l'honnêteté; demeure pour accuser l'injustice qui t'a proscrit. Mais si l'infortune opiniâtre attache à tes pas quelque ennemi, ne souffre