QUATRIÈME LETTRE
Sur l'adresse, dans l'angle gauche, on lit ces mois, écrits par JuUien :
Pour accompagner les papiers.
Il annonce qu'il a fait mettre en état d'arrestation, conformément à leur arrêté du 7 messidor, la municipalité de Saint-Emilion et le Comité de surveillance de . Libourne , dont la négligence dans ces derniers temps est un crime. « C'est le Comité de surveillance de Libourne qui avait l'inspection sur la commune où vivaient les conspirateurs.
» Tous ceux qui ont eu connaissance de leur retraite et ont concouru à les favoriser, sont ici en prison et nous donnent chaque jour de nouveaux renseignements. ))
Il demande une réponse à ses propositions pour la démolition des maisons de Saint-Emilion et l'exécution sur place de tous les complices des conspirateurs réfugiés. « .\lors nul n'osera plus, frappé d'un exemple aussi terrible, donner asile aux ennemis du peuple mis hors la loi. »
Deii\ arrêtés, l'un du 5 thermidor, l'autre du 7, donnèrent satisfaction aux instances de JuUien, et le ihari;rrent 1" de faire arrêter les membres des corps constitués de Saint-Émilion connue complices du recel des conspirateurs, et 2° d'épurer les autorités de Bordeaux.
JuUien aux membres du Comité de Salut j)ublic. Lettre du 1 3 messidor.
ON LIT SUR l'adresse :
LETTRE POUR L'EiNVOI DES PAPIERS.
(Ces mots sont de la main de JuUien.) Rni No 4132.
Bord., 13 messidor an II, etc.
« Je vous écrivis hier, Citoyens, par le retour du courrier extraordinaire que vous m'avez envoyé.
» Je vous envoie anjourcUhui le citoyen Compain, chargé de tous les papiers des conspirateurs.
» Je vais poursuivre les interrogatoires de leurs complices. Le Comité de surveillance y travaille avec activité.
» Compain est un excellent républicain, en qui vous pouvez mettre votre confiance. Je vous prie instamment de lui remettre les réponses aux diverses explications que je vous demande par mes lettres d'hier.
» Les paquets contenant les papiers sont au nombie de trois, ficelés et cachetés, qui, d'après vos ordres, vous seront remis en mains propres.
)) Salut et fraternité, Jullien. »
Jullien, envoyé par le Comité de salut public à Bordeaux, aux représentants du peuple composant le Comité.
Bordeaux, le 13 messidor an 2.
« Je vous envoyé ci-joints, citoyens Représentants, les deux procès -verbaux relatifs à la prise des cinq conspirateurs: Guadet, Buzot, Salle, Petion et Barbaroux ,
» Un autre procès-verbal de papiers et effets trouvés, et un interrogatoire de Baptiste Trocart, le seul qui soit un peu détaillé.
» Salut et fraternité , Jullien. »
Jullien à Bar ère.
Bordeaux, 43 messidor.
« Tu recevras, mon bon ami, le patriote Compain, de Bordeaux, auquel je te prie de procurer les réponses aux diverses demandes que j'adressai hier au Comité par le retour de son courrier extraordinaire.
)) Compain porte les papiers des conspirateurs.
» Je t'embrasse.
» Jullien.
)) Au Représentant du peuple Barère, membre du Comité de Salut public. »
LE PATRIOTE COMPÂIN.
Le patriole Compain était un acteur comique qui avait voulu imiter Collot-d'Herbois et jouer à Bordeaux le rôle que celui-ci avait rempli sur la scèue de la Révolution. Jullien attachait une grande importance au théâtre considéré comme moyen de propagande révolutionnaire. Il faisait représenter et composait lui-même des pièces patriotiques et des ballets républicains '. (( Des fêtes nationales et des jeux publics , disait-il en parlant de sa mission à Bordeaux, ont épanoui les âmes, électrisé les esprits, donné plus de force, plus d'ensemble et plus d'énergie au patriotisme ^. » Grâce à cette faveur dont jouissaient auprès de lui les représentations scéniques, Compain avait été placé le premier dans le Comité révolutionnaire épuré et régénéré de Bordeaux. De nombreuses arrestations s'en étaient suivies, et la terreur avait bientôt régné dans la Gironde.
1 « J'ai composé un petit délassement patriotique, les Engagements des Citoyennes. J'en ferai hommage au Comité de Salut Public, et s'il le juge bon, je ferai imprimer mon petit ouvrage et les détails d'exécution du 5a?/ef n'publicain. » (Lettre de Jullien à Robespierre, datée de Bordeaux, 1<^r floréal an IL — Y. Papiers inédits de Robespierre, vol. III, p. 7.)
- « J'ai envoyé au Comité les détails de notre fête pour la plantation de l'arbre de Marat. » (Même lettre.) Par un éclectisme assez rare, Jullien conciliait l'amitié de Robespierre avec le culte de Marat. « N'eùt-il pas mieux valu, disait-il devant la Société populaire de Bordeaux, être d'abord, seloii l'expression de Marat, cruel par calcul d"humanité? Clémence est souvent barbarie; vouloir épargner un sang coupable, c'est faire couler le sang innocent. » [Hist. du Barreau de Bordeaux, Chauvot, p. 286-287.)