LE PATRIOTE COMPAIN
Les exploits de Compain sont racontés dans les correspondances envoyées de Bordeaux à Paris, lorsque le 9 thermidor rendit à la presse la liberté de parler. En faisant connaître le protégé, ces lettres compléteront le portrait du protecteur. Nous aurons d'ailleurs à les invoquer lorsque nous parlerons des attaques auxquelles Jullien fut en butte pendant la réaction thermidorienne." Voici quelques extraits de ces lettres :
« VA nous aussi nous avons eu ux tigre! Dans notre cité, le petit Jullien, agent de Robespierre, tenait des conciliabules chez lui, où assistaient Lacombe, Compain, Cassan, etc. {L'Ami des citoyens, n° XLIX, extrait d'une lettre de Bordeaux du 19 frimaire an III.) — Par un abonné. >'
Autre lettre de Bordeaux. — Comité de surveillance :
« Le 15 prairial, Jullien entre à dix heures du soir, accompagné de plusieurs membres du Club de la Fcraille et d'autres citoyens ; il prend le fauteuil et dit : — Le Comité de Salut Public a des reproches à faire au Comité de surveillance de Bordeaux; il s'est aperçu du peu d'énergie de certains de ses membres. En révolution, il ne faut qu'un sans-culotte qui vienne vous dire : Un tel est aristocrate, un tel est suspect, pour que le Comité le fasse arrêter de suite Voici
la liste des citoyens qui doivent composer le Comité Révolutionnaire de surveillance de la Commune de Bordeaux :
Compain, comédien, Huin, comédien^ Cassan, perruquier,, Quignan, marchand de fil, Rosew, officier municipal, Plenaud, membre du précédent comité, Lelom, id.
Laye. — Michenot. — Rideute, — Lacoste, officier municipal. — David ^
Sitôt après les nominations , les arrestations commencèrent. Le lendemain , la terreur fut dans la ville ; quelques jours
1 Plusieurs de ces noms figurent dans les poursuites dirigées contre les proscrits de Saint-Émilion. Rosew, Plenaud, Laye, Lacoste. Voyez ci-dessus pages 133 et 134, etc.
après, la miillotinc fut son train et a duré jusqu'au IG thermidor, jour où la mort du tyran fut connue dans Bordeaux. — Par un abonné. »
Indépendamment de ces titres à la confiance de Jullien, Compain en avait un tout particulier qui suffisait à lui seul pour justifier Thonneur d'être envoyé auprès du Comité de Salut Public. C'est lui qui, comme membre du Comité révolutionnaire de surveillance de Bordeaux, avait fait subir à Salle l'interrogatoire que celui-ci soutint si noblement, V. p. 174-182; c'est lui aussi qui ayant demandé au proscrit s'il connaissait la retraite de ses collègues, et recevant cette belle réponse : Le citoyen qui m'interroge est trop honnête pour croire que si je connaissais de telles retraites je les indiquasse ,, repoussait l'appel fait à sa générosité par ces paroles : « Tu te trompes à mon égard. » V. p. 178. Triste mesure de ses sentiments! Il eût mieux valu pour Compain que Salle ne se fût pas trompé.
Il avait en outre contre-signe l'interrogatoire de J.-B. Troquart (V. supra p. 151). Il avait donc pris une part active à la procédure suivie contre les inculpés de Saint-Émilion, et il pouvait rendre compte personnellement des détails de l'affaire, de l'attitude des Girondins ou de leurs complices, de la nature des pièces saisies, etc.
Tel était l'émissaire que Jullien envoyait en ambassade pour porter au Comité de Salut Public les papiers des Girondins, leurs dépouilles et la copie des procèsverbaux d'information, sans oublier ceux des séances du Comité révolutionnaire , où figure fréquemment le nom de son président, messager du ColIot-d'Herbois de la Gironde.