ACTE II, SCENE III
La Loi veut un vengeur lorsqu'un tiran domine.
(Avec une dignité froide.)
Danton, je te rappelle à ta propre doctrine; Chaque jour, au Sénat, tu jures par Brutus.
ROBESPIERRE
Quoi ! ne faudroit-il pas que des vœux superflus
De notre zèle ardent fussent l'unique gage?
Le peuple nous veut-il inactifs, sans courage?
Quand ce peuple facile en son choix s'est trompé,
Victime d'un pouvoir par l'intrigue usurpé,
Restera-t-il courbé sous ses effets sinistres?
Non; de ses volontés les fidèles ministres.
Ses députés chéris, iront sans se lasser
Rechercher de tels choix et l'en débarrasser;
* Et quant à ces Proscrits dont la cause t'est chère,
Faut-il te rappeller tout ce qu'ils ont sçu faire?
Citoyens, voyez-les, dans cet instant fatal,
De la guerre civile ordonnant le signal.
Excitant les Français à brûler cette ville ,
Le soutien de vos droits et le plus sur azile.
La France est divisée en haine de Paris.
Dans des centres nouveaux, les pouvoirs circonscripts
Régnent avec scandale, et, d'une main hardie,
En quatre-vingts Etats déchirent la patrie!
Quand le peuple est pressé par de si grands malheurs.
Ah! c'est alors aussi qu'il lui faut des vengeurs!
Aussi puissants que lui, leurs coups, comme un tonnerre.
Doivent de leurs éclats épouvanter la terre.
Alors la liberté doit régner par l'etTroi,
Et le Salut Public est la Suprême Loi.
36 CHARLOTTE CORDAI.
Je reconnois ton cœur à tant de calomnies.
Ah! quand il faut qu'enfin vos fureurs soient punies,
Quand d'un juste courroux redoutant les apprêts,
Vous-même par la force empêchez les Français
De joindre leurs drapeaux et d'unir leur vengeance,
Quand vous les divisez : votre lâche prudence
Sera leur crime et non le fruit de vos complots!...
Puissent-ils, en effet, pour terminer leurs maux.
Cesser de s'agiter et s'armer en silence!
Puissent d'autres vengeurs, chargés seuls de l'offense,
M'imiter, vous punir et ménager leur sang!...
Les Proscrits de la France ont déchiré le flanc ! . . .
Amis surs de ses droits, plus que toi populaires.
Républicains enfin, lorsque des vœux contraires
Dans ton cœur. . . Mais que dis-je ? ils ont un sort trop grand
Je flettrirois leur gloire en les justifiant.
(Avec ironie.)
Cependant, j'en conviens, ton cœur brûlant de zèle Pour le peuple ne peut se montrer plus fidèle; Il pourroit s'égarer, tu corriges ses choix; Mieux que lui tu t'entends à lui faire ses loix;
Il est léger, crédule, et toi seul es un sage
Perfide ! les tirans n'ont pas d'autre langage.
ROBESPIERRE
Peuple, souffriras-tu?...