ACTE II, SCENE IIÏ
DANTON
Je yeux bien pardonner ton inexpérience, Tes cris séditieux, merae ton insolence, Et pour ce peuple aussi, par ta haine excité, Parler et te confondre avec tranquilité. De grands maux, je l'avoue, ont désolé nos frères; Tout fermente et se nuit; mais ces efforts contraires. Le silence des loix, les agitations.
Sont Tordinaire etfet des révolutions.
Dix siècles de misère abrutissoient la France; Nos vices débordés, et surtout l'indigence. Comme une lèpre affreuse avoient flettri son sein. Le peuple de ses fers s'est dégagé soudain : A tous ses ennemis, comme un géant terrible. Il s'est montré puissant, mais surtout inflexible. L'orgueil, les titres vains, dans la poudre abbattus, L'ont laissé libre enfin pour prix de ses vertus. Mais cette fange impure , en dégageant la terre , De sa vapeur infecte a chargé l'atmosphère; Des insectes nombreux, sortis de ces fermens, Ont de la liberté souillé les fruits naissans. Le peuple, toujours grand, levé dans sa puissance, Les foule sous ses pies du poids de sa vengeance. Ainsi la terre gronde, et du sein des volcans Lance un torrent de flamme et des rochers brulans ; 3Iais le calme succède , et la lave embrasée A coulé sur la terre et l'a fertilisée. * Toi qui feins de porter un cœur Républicain, Rends hommage, avant tout, au peuple Souverain ;
Est-ce à d'autres que lui de fonder son ouvrage? Et lorsque ses amis sont frappés par ta rage, Ne devroit-il donc pas, au deffaut de la loi, Etouffer de ses mains des monstres tels que toi?
Perfides! de nos loix, sous vos mains sacrilèges,
La France a vu périr les sacrés privilèges;
Leur affligeant silence est votre ouvrage affreux.
Reponds : N'avions-nous pas des loix dignes des cieux?
Le tiran abbaltu, que restoit-il à faire?
LEgalité regnoit, tout etoit populaire.
Le peuple en liberté nommoit ses magistrats;
La terre applaudissoit à nos brillans débats;
Et voilà que partout vos agens sanguinaires
Vont troubler les amis, vont diviser les frères;
Sous le prétexte vain de venger leur païs.
Ravissent les pouvoirs par le peuple remplis.
Chassent des tribunaux ses magistrats fiideles,
Osent les remplacer de leurs mains criminelles.
Et, semant avec art la peur des trahisons,
En crimes aA^erés érigent les soupçons.
En vain, dans le Sénat, la vertu gémissante
Oppose à ce torrent sa fermeté constante :
Jusques au Sénat même, un ramas de brigands
Entre, vient la frapper, vous laisse triomphans!
Ainsi vous usurpez la puissance suprême.
Vous détruisez les Rois, vous êtes Rois vous-même;
La Loi , dont vos excès provoquent le courroux ,
N'a plus aucun chemin pour aller jusqu'à vous.