‹ Charlotte de Corday et les Girondins (volume 2)Chapitre 26 sur 174 · ACTE II, SCENE IV · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE IV

DANTON

Qu'ont donc fait nos agens?

Du grand art de corrompre ont ils perdu l'usage? Et pour comble faut il qu'avec tant de courage Cette femme refuse à tous nos vœiix trahis Cet aveu, notre espoir, la perte des Proscrits? Donnez nous vos conseils, amis, que faut il faire? Parlez.

BARRERE.

J'ouvre un avis que je crois salutaire : Sans doute, il nous les faut, ces utiles aveux; Il faut que cette femme , à la face des cieux , Accuse les Proscrits et dans nos mains les livre; Mais il est des moyens et quelqu'art qu'il faut suivre. Cette femme orgueilleuse a pu croire aisément Pouvoir frapper Marat et fuir le châtiment, Et, parmi les Proscrits admirée et tranquile. Recueillir tout le fruit d'un crime aussi facile. Prisonnière, au contraire, et sure de mourrir. Elle affecte de voir le trépas sans frémir; Elle veut à son nom attacher quelque gloire; Sa vertu n'est que feinte. En effet, peut on croire Qu'avec tant d'éclat même on brave ses destins Et qu'au cœur d'une femme il soit de tels desseins? Pour séduire ce cœur, portons y l'espérance; Parlons lui de pardon, même de recompense. Disons que la patrie, exposée à périr, Donne un prix au complice, au lieu de le punir, Lorsqu'un secret livré, quelqu'aveu d'importance. Sur de grands conjurés appelle sa vengeance.

40 CHARLOTTE CORDAI.

Notre art est de séduire, et par ce grand moyen, Ce cœur si fier, dompté, ne refusera rien : Faux ou vrai , quelqu'aveu sortira de sa bouche.

AMARE

Et pour que désormais, dans tout ce qui nous touche, De nos seuls partisans nous soyons entourés. Qu'au tribunal surtout ils soient mieux préparés, Ayons un signe aussi qui nous fassent connoitre, Et qu'on ne soit admis qu'en le faisant paroitre.

DANTON

Grâce au ciel! nos grands cœurs, nés pour les factions, Sont dignes de leur gloire et de nos passions : Eh bien, oui, séduisons cette femme inflexible; Mais écartons surtout ce surveillant terrible Qui gémit sur son sort, qui détourne nos coups; Qui, loin de nous servir, s'agite contre nous. Ayons donc nos couleurs, mais, s'il se peut encore, Faisons plus : attisons ce feu qui nous dévore. Unissons nous, amis, par des nœuds plus étroits.

(Il détache de sa ceinture l'écharpe rouge, et, la tenant en l'air, froissée dans sa main, il continue.)

Ce signe est de tous temps digne de notre choix; Revêtons entre nous ces sinistres livrées; Qu'à tous nos partisans elles soient délivrées. Mais jurons, avant tout, sur ce signal affreux,

( 11 pose l'écharpe rouge qu'il tient à la main sur le bureau placé devant son siège; il met son poignard par-dessus.)

Jurons sur ce poignard...

(Tous les conjurés se rangent autour et lèvent la main.)

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