ACTE II, SCENE IV
SECHELE.
(Il levé la main en hésitant.)
Sort triste et rigoureux !
DANTON, continuant.
De porter aux Proscrits une haine implacable. Et si quelqu'un de nous pouvoit être capable De trahir lâchement de si profonds desseins , Jurons de l'immoler!
BARRERE.
Qu'il meure de nos mains !
DANTON
(Il coupe avec son poignard un morceau de l'écharpe rouge, partage de la même manière le reste en deux , en donne un morceau à chacun de ses deux voisins, qui la partagent en deux avec leurs poignards, à l'imitation de Danton ; chacun enfin, et de la même manière, coupe un morceau de l'écharpe.)
Imitez moi.
(Chaque conjuré tient son morceau d'echarpe froissé dans sa main; Sechele seul serre le sien dans sa ceinture. Danton continue.)
Sechele , à cette femme altiere Portez nos vœux; allez, soyez dépositaire Du sort de vos amis, du secret de leurs cœurs.
SECHELE.
Moi? •
DANTON
Vous, jeune et formé pour les discours flatteurs. Vous la séduirez mieux en feignant de la plaindre.
(A Robespierre.)
Et toi, mieux que nous tous habile en l'art de feindre, Auprès du tribunal sois son accusateur; C'est là qu'il faut surtout deploier ton ardeur;
C'est là que cette femme, à l'aspect du supplice, Doit dire au peuple tout; qu'elle parle ou périsse. Vous, Barrere, avec moi portons à nos agens Et ces signes de mort et nos fatals sermens. Qu'on observe le peuple; il faut surtout détruire Les fâcheux sentimens que cette femme inspire : Ils s'accroissent sans cesse; allons, agissons tous, Et que le sort enfin se décide pour nous.