SCENE I
SECHELE, RAFFET.
RAFFET
Je te suivrai partout, jusque dans ces lieux même; La voix d'un homme libre, et d'un ami qui t'aime, Ira jusqu'en ton cœur y porter le remords.
SECHELE.
Cruel ami !
RAFFET
Quoi donc ! tourner tous tes efforts Contre la vertu même, au prix d'une infamie! Exciter cette femme à racheter sa vie!
L'outrager!
SECHELE.
Que dis tu?
RAFFET
Mais que prétendez vous?
Lui faire de ses mains porter vos propres coups? Immoler les Proscrits.
SECHELE.
Quel pénible langage !
Laisse là les Proscrits.
RAFFET
Non; j'aurai le courage De t'en parler sans cesse , et de te faire horreur De tes vils affidés , de ta propre fureur.
44 CHARLOTTE CORDAI.
SECHELE.
Ils sont vils , en effet !
RAFFET
Eh, qu'es-tu donc toi-même?
Quoi! ne rougis-tu pas de ta bassesse extrême? Toi jadis vertueux! l'espoir de ton pais, Le délégué du peuple! En son Sénat assis, Revêtu du pouvoir de consoler la terre, Tu veux par des forfaits signaler ta carrière ! . . . Marat sera ton Dieu!... pour tous ses vils amis. Nous qui t'aimons encor, nous serons tous trahis !
SECHELE.
Arrête : je sais trop que Marat fut un traitre.
Je déteste ce monstre; et mieux que toi, peut-être,
De tous ses noirs complots je ressens les effets :
Amis! c'est aujourd'hui surtout que je le hais!
Il est mort... Eh! quel sang va couler sur sa tombe!
RAFFET
Et tu veux cependant que la vertu succombe. A ce sinistre Dieu, toi, tous tes partisans, Vous prodiguez sans honte un criminel encens. Tu le hais : mais pourquoi , lorsque la France entière Proscrivoit hautement sa fureur meurtrière, Lorsque, dans le Sénat, une eclattante voix T'appeloit à punir cet ennemi desLoix; • Pourquoi menageas-tu l'instigateur du crime ? Pourquoi, sur les Proscrits, couverts de ton estime, Laissas-tu ces brigands appesantir leurs coups? Du dépôt de nos droits es-tu si peu jaloux ?