ACTE III, SCENE I
Ah ! que n'as-tu plutôt mérité cette gloire D'être frappé par lui, d'accroître sa victoire, D'ofifrir un grand exemple au monde, à ton pais, D'être digne de nous et digne des Proscrits!
SECHELE.
Dieux ! . . . qu'ils sont honorés par la main qui les venge !
RAFFET
Ils le sont plus encor par ce destin étrange Qui couronne le crime et nous perd avec eux : Ils le sont par leur vie et par leur sort affreux. Par l'amour de la France et surtout par ta haine.
SECHELE.
Que dis-tu ? Falloit-il de leur humeur hautaine
Supporter les accès? les voir, avec éclat,
Dominer sur la France et régir le Sénat?
Les orgueilleux ! . . . Jamais, jusqu'au soin de nous plaire,
Ils n'ont daigné plier leur fougueux caractère.
Du haut de la tribune ils versoient les mépris ,
Et de leurs succès seuls leurs cœurs etoient épris.
Tous ces droits reclamés, cet amour de la France,
Les touchoient beaucoup moins que leur propre Eloquence ;
Le fiel de leurs discours nous auroit seul aigris.
RAFFET
Eh quoi ! pour se venger de prétendus mépris ,
Oubliant ses sermens, l'honneur, la France entière.
Ton lâche cœur, du crime a suivi la bannière !
Juste ciel! faudra- t-il que le sort des Etats
Soit livré pour toujours à de si vils débats ?
Mais en vain tu veux feindre, et je connois ton ame;
46 CHARLOTTE CORDAI.
Ami, de nos tirans une autre ardeur t'enflamme : Tu veux reener.
Qui ? JMoi ?
RAFFET
Vos projets sont connus.
Mais tremble, vil ami; déjà Marat n'est plus.
SECHELE.
Tu pourrois croire ! . . .
RAFFET
Ainsi , ta basse jalousie Flettrit tes sentimens, deshonore ta vie; La jalousie aussi régnera parmi vous.
La puissance, aux tirans, otîre un appât trop doux : Chacun de vous, sans doute, en brigue l'avantage.
SECHELE, apart.
Que dit-il ?
RAFFET
Le pouvoir n'admet point de partage.
Et quelque jour Danton...
SECHELE, a part.
Comment !
RAFFET, continuant.
Si les Français Peuvent souffrir pourtant vos coupables projets...
SECHELE, a part.
Danton pourroit ! . . .
RAFFET, continuant.
Danton vous le fera oonnaitre.