SCENE I
DANTON, ROBESPIERRE, BARERRE, HERAULT DE SECHELE, AMARE; les quatre autres membres du Comité.
(Ils sont assis sur le devant du théâtre.) 6ARRERE. tenant en main la correspondance.
Amis, l'orage gronde, et des cris de vengeance
S'elevent contre nous des deux bouts de la France :
Nos noms sont en horreur aux cœurs Républicains,
Et le pouvoir suprême échappe de nos mains.
En faveur des Proscrits la guerre se prépare.
Et pour la liberté le peuple se déclare.
Déjà, dans la Neustrie, un chef est designé :
Wimpbe, outragé par nous, justement indigné,
* Quand, par un délateur, faisant fiettrir sa gloire,
Nous voulûmes le perdre au sein de la victoire,
Wimphe, des fiers Normands guide les bataillons.
Aux Normands irrités se joignent les Bretons;
4 CHARLOTTE CORDAI.
Indomptables enfans de l'ancienne Armoriqiie, Ardens amis des Loix et de la République, Lyon, Bordeaux, Marseille ont répété leurs cris : Ces superbes cités, rivales de Paris, Du pouvoir qu'il s'arroge en secret révoltées. Ne veulent plus des Loix que Paris a dictées. De sa gloire enivré, le 31arseillais hardi, Des bords de la Durance embrase le Midi; Des héros du dix Oust la phalange est formée : Leur nom seul aux Proscrits peut valoir une armée : Ils marchent pour le {>euple, ils reclament ses droits; Les vainqueurs de Louis sont les vengeurs des Loix.
* Que vous dirai-je, enfin? Tout nous trahit : la France De nos derniers complots connoit la violence.
En vain, dans ces momens de crise et de terreur. Quand le Sénat entier cédant à sa frayeur. Nous livroit les Proscrits, sembloit demander Grâce, Et par ses décrets même approuvoit notre audace. En vain, de tous cotés, nos fidèles agens
* Ont imposé silence aux esprits trop ardens : Par cent mille soldats cette enceinte entourrée. Cet appareil, ces cris d'une foule égarée,
Ce lugubre tocsin précurseur de la Mort,
Cette soif de vengeance et ce fatal accord.
Cet accord des pouvoirs, cette puissance active
Qui tenait dans Paris la vérité captive;
Tant de soins concertés, tant d'effroi répandu.
N'ont point intimidé leur farouche vertu :
* La vérité terrible a franchi ces barrières. On sait avec quel art nos agens mercenaires ,