‹ Charlotte de Corday et les Girondins (volume 2)Chapitre 4 sur 174 · ACTE I, SCENE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE I

D'un peuple corrompu vont soulever les Ilots, Et de ce nom sacré, couvrant tous nos complots, Viennent à notre voix, dans les momens d'orage, Gouverner par l'effroi ce Sénat sans courage. On sait tout ce que peut répandre de fureur Ce ramas d'intrigans, ce club agitateur, Ardent à nous servir, plus que nous sanguinaire, Instrument méprisable et pourtant nécessaire.

* « Les voila, disent-ils, ces ressorts ténébreux, » Agités par le crime en ces jours désastreux,

» Ou, du peuple outragé, les députés fidèles » Se sont vus, dans les fers, traîner par des rebelles! )) Les droits sont violés! la liberté n'est plus! » Du pacte des Français tous les nœuds sont rompus! » Le crime est triomphant! Marat règne! Et la France » Reçoit ce joug horrible, et languit sans vengeance; Ainsi l'on nous menace, amis : et cependant Il est encore pour nous un danger plus pressant. Tandis qu'à nous combattre on s'excite, on s'apprête, Que chaque instant, sur nous, voit grossir la tempête. On dit que des vengeurs, armés pour nous punir, Par des coups plus secrets veulent la prévenir. L'exemple de Brutus a germé dans les âmes.

* La gloire de trancher des jours qu'on croit infâmes,

* L'amour de son païs, l'espoir de le sauver,

* De lui rendre des droits qu'il ne peut conserver;

* Tous ces fantômes vains, si chéris du vulgaire,

* Trop souvent par nous-meme excusés pour lui plaire,

* Pour prix de ces transports que nous avons produits ,

* Peuvent, de nos complots, nous arracher les fruits.

6 CHARLOTTE CORDAI.

Jusqu'au millieu de nous des traitres s'introduisent; Nos pas sont observés, et des poignards s'éguisent. Des indices puissans, par mes soins recueillis, Aujourd'hui même encore confirmoient ces avis.

*Tels ces rai)ports divers commis à ma prudence, * Vous peignent vos dangers et font fuir Tesperance : De l'insurrection tel est le fruit amer!... Ces succès arrachés par la flamme et le fer, Cet attrait du pouvoir, ces brillans avantages, Auront donc, pour nous seuls, entassés les orages! Nous tomberons sans gloire ! et nos fiers ennemis Verront leurs fers brisés et nos succès flettris! Tous nos vastes désirs , tous nos efforts sublimes Cesseront d'être grands et deviendront des crimes! Nos ennemis vivront ! et sur des Echaffauds La mort nous attendra pour prix de nos travaux ! La Mort!... ah! s'il est vrai qu'oubliant notre gloire, Nous devions lâchement leur céder la victoire; S'il faut que le Sénat soit gouverné par Eux , Que la Mort m'engloutisse avant ce jour affreux.

Amis! le mal est grand : toutes fois, que la crainte S'éloigne de nos cœurs comme de cette enceinte : Osons, de cet abime, envisager l'horreur; Avec audace encore sondons sa profondeur.- N'avons-nous plus d'espoir? faut-il ployer la tête? Et dans la mort enfin cacher notre défaite?

DANTON

Avant de m'expliquer sur ces grands intérêts ,

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