‹ Charlotte de Corday et les Girondins (volume 2)Chapitre 47 sur 174 · ACTE IV, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE II

Ils ont eux même ainsi trompé les citoyens.

Pour vaincre les brigands, usons de leurs moyens.

RAFFET

Y pensez vous? Jamais, par les moyens du crime, A-t-on pu s'assurer un succès légitime?

Et qui vous repondroit qu'un tumulte confus, Parmi tant de partis ensemble confondus. Ne commenceroit pas un horrible carnage? Le tocsin des brigands eut ce triste avantage ; Le sang qu'ils desiroient fut prêt à se verser. C'est le front découvert qu'il nous faut avancer. De notre cause, amis, sentons mieux la justice • Aux défenseurs des Loix il faut que tout s'unisse. Marchons en exécrant les brigands oppresseurs. Et que Paris nous juge en voyant nos couleurs !

SECHELE.

Ayons sur nous encor, s'il se peut, plus d'empire. C'est avec loyauté que la vertu conspire. Ne frappons qu'à regret, ménageons leurs agens : Egarés ou séduits, beaucoup sont innocens; Toutes fois dans leurs mains saisissons la puissance. Ils se sont fait entr'eux un signal de vengeance; Ce signal les rallie en ces affreux momens; Ils ont prêté sur lui d'exécrables sermens.

(Il tire de sa ceinture sa portion d'écharpe.)

Qu'il vous soit révélé; que mon serment impie. Au moment de frapper, vous profite et s'expie. Citoyens, ayez tous ce point de raliement; Aux postes ennemis marchez en le montrant;

68 CHARLOTTE CORDAI.

Sachez user ainsi d'une heureuse surprise; Que sans verser le sang la ville soit soumise.

(Il donne son signe de raliement a RalTet.)

Raffet, daigne porter celui qu'ils m'ont donné; De mes coupables vœux si je l'ai profané, Tu t'en purifieras par un si saint usage.

(S'adressant a tous.)

Amis, enflammons nous de ce noble courage Si fatal à Marat, si terrible aux tirans : Que cette image auguste emplisse tous nos sens : C'est désormais le sort de sa gloire immortelle Que la France se sauve ou périsse avec Elle.

RAFFET

Nous saurons la soustraire à leurs barbares coups ; C'est surtout d'un tel soin que mon cœur est jaloux; Je reserve pour moi ce poste difficile. Nos amis surprendront le reste de la ville. Vous , au poste d'allarme et dans ses environs Vous porterez soudain vos braves compagnons ; Vous, au Trésor public : il est temps que la France Arrache de leurs mains sa plus pure substance ; Vous, votre troupe ira surprendre l'Arsenal; La votre ira brûler ce Repaire infernal , Ce centre de Débats si pur à sa naissance, Dans ces temps désastreux foyer de la licence , Azile des brigands, où leurs cœurs empestés Préparent ces fléaux qui frappent nos cités ; Vous , vous irez saisir l'insolente Commune ; Vous enfin au Sénat, d'une horde importune

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