ACTE IV, SCENE VI
Nous triomphions. Déjà, sur le lieu du supplice, On faisoit les apprêts de ce grand sacrifice : Lorsque des furieux tout à coup rassemblés. Renversant l'echaffaut sur nos gardes troublés. Menaçant nos agens, les juges et nous-meme, Ont suspendu le cours de cette heure suprême. Au sein du Tribunal les juges sont bloqués; Les postes sont peut-être à l'instant attaqués : Tout s'ébranle, s'agite; on court, on crie aux armes, La ville se rempht de tumulte et d'allarmes ; Et Sechele est, dit-on, parmi les conjurés. Amis, de tant de maux mes sens sont pénétrés. Que ferons-nous ? Voyez : il faut un prompt remède. Parle, Danton.
DANTON
On vient! Sechele les précède!
Sechele est avec Eux ! . . . Nous avons trop tardé , Le poison est pour lui vainement commandé. Amis, je l'avouerai, tant d'audace m'étonne. Le tribunal, en vain, de terreur s'environne! Ces insolens ont pu détruire l'echaffaut ! Nos gardes l'ont souffert!... Allons, puisqu'il le faut, Marchons; de nos agens ranimons le courage; Et par nous-meme, enfin, faisons tête à l'orage : Volons de toutes parts aux postes menacés; Ordonnons qu'à l'instant ils soient tous renforcés. Que le peuple se levé et venge notre cause. Qu'à tous nos ennemis la terreur en impose. Et par le sort enfin, si nous sommes trahis, Dans la tombe en mourrant entraînons les Proscrits.