ACTE V, SCENE VIII
Parmi tous vos agens à la fois répandus, Et que Sechele enfin de vos mains a reçus.
DANTON . montrant aussi sa portion d'écharpe.
Ces signes!... les voila : Soldats, soyez fidèles; Si ce nœud vous unit, c'est contre des rebelles.
AMARE
Citoyens ! . . . les cruels ont sçu les arracher. Ces signes; leurs agens ont donc pu l'approcher? Ils ont ainsi versé le poison dans ses veines. Ce nouvel attentat est un fruit de leurs haines.
RAFFET
0 Liberté !
Grand Dieu ! prête nous ta clarté !
ROBESPIERRE, passant près du corps de Sechele, en face du parti
d'Henriot.
(A Raffet.)
Lâche! ta bouche encor parle de liberté?
(Il met un genou en terre.)
0 de nos droits sacrés victime généreuse, Entends de tes amis la plainte douloureuse; Que nos pleurs, que nos cris s'elevent jusqu'à toi, Digne soutien du peuple et martir de la Loi ! Les esclaves, sur toi, pour prix de ta constance, Ont donc vengé le sang du tiran de la France! Tu meurs ! et cependant pour tes vils assassins Tu demandois la paix! tu blamois nos desseins! Tu defendois pour eux jusques à la prière!
(Il se levé, et s' adressant aux deux partis.)
Citoyens, connoissez ce parti sanguinaire :
88 CHARLOTTE CORDAI.
Oui, Sechele lui même, immolé par leurs mains,
Sechelc trop sensible à leurs justes destins,
Du Sénat qui contr'eux s'arme de sa puissance,
Vouloit en leur faveur implorer la clémence.
Ce fut son tort sans doute, et le ciel l'en punit.
Et c'est dans cet instant!... Peuple, ton cœur gémit;
De tant d'atrocités seras tu donc victime?
(Les soldats de Raffet passent du coté d'Henriot.) RAFFET.
Citoyens, vous croiriez?...
PLUSIEURS VOIX
Nous abhorrons le crime.
DANTON
Soldats, la Liberté reconnoit ses enfans.
ROBESPIERRE
Soldats , vengez le sang de vos representans ! Enchaînez ce perfide!
(Six soldats se détachent et arrêtent Rafîet.) RAFFET.
0 ma triste patrie 1
(Rendant son e|)ée.)
J'ai trop vécu!
(On l'emmené.) CHARLOTTE.
Faut il de cette Cause impie V'oir le triomphe? 0 ciel!
DANTON
Et toi, lâche assassin!