ACTE Y, SCENE VIII
Toi, dont l'exemple atroce a dirigé sa main,
Va, monte à l'EclialTaut, ta recompense est prête :
C'est le fer de la Loi qui doit frapper ta tête!
(Il remet son poignard.) CHARLOTTE.
Ah! que j'expire enfin! que le courroux des cieux
De votre horrible aspect ne souille plus mes yeux!
Barbares ! vous régnez ! la France malheureuse
Reçoit en frémissant votre chaîne honteuse :
Dieux! que d'atrocités vont déchirer son sein!
Je vois couler à flots le sang républicain ;
De sourds gémissements, des pleurs, des cris funèbres,
S'elevent des débris de nos cités célèbres;
La flamme les dévore! et les forfaits des Rois
Sont enfin surpassés pour la première fois.
Pour la vertu timide il n'est plus de refuge;
Les Echaffauds sont prêts et le crime est son juge;
Le crime sans pudeur ose étouffer sa voix;
Les bourreaux sont assis dans le Temple des Loix!
Ah! qui pourra compter tous les maux de la France?
Contre ses oppresseurs qui rompra le silence?
Des cadavres sanglans par milliers entassés !
Les cris, par la terreur, dans les cœurs repoussés!
Les Brigands sans pitié, les haches toujours prêtes,
Les forfaits célébrés par d'Exécrables fêtes!...
0 mon pais ! malheur à tes tristes enfans
Qui pourront refuser d'encenser tes tirans!
Leur sacrilège audace, en frappant leurs victimes.
Ne descendra pas même à leur chercher des crimes!...
90 CHARLOTTE CORDAI.
Grâce au ciel, l'heure ai)proche et mon supplice est prêt. Pour qui meurt aujourd'hui, la mort est un bienfait.
(Six soldats la conduisent au supplice; Henriot , Bazirc et deux membres du Comité la suivent.)