PAR LAYE ET ORE
29 prairial an II.
Procès-verbal
de perquisitions et d'arrestation
du 29 prairial an II.
Nous, Laye et Oré aîné, commissaires nommés par le citoyen Julien, membre de la Commission executive de l'instruction publique, et commissaire du Comité de Salut public, maintenant à Bordeaux,
Pour faire recherches dans le district de Libourne des Députés Conspirateurs que la voye publique désigne pour y être cachés, tels que Guadet, Petion, Vimphen, Salles, Barbaroux et autres.
Sommes partis de Bordeaux le 24 prairial, arrivés à minuit à Libourne, et confiants dans le républicanisme qui anime le citoyen Lagarde, agent national du district, nous lui aurions communiqué notre mission sur laquelle il a eu la plus grande discrétion.
Le 25, 26, 27 et 28 prairial, nous aurions parcouru plusieurs communes du district, pour y prendre des renseignements, et nous étant concertés sur la nécessité de faire une battue générale dans la commune et ville d'Eniillion-la-Montagne (ci-devant Saint-Emilion) ;
Nous aurions requis plusieurs Bons Citoyens de la commune de Sainte -Foi, parmi lesquels étoient les citoyens Battu, ci-devant membre du comité révolutionnaire de Bordeaux; Marcou, Lafitte, Larreau, Roche , Lafargue , Miramon , Favereau , Dubasti et Bertrand; arrivés à Libourne le 28 à onze heures du soir, nous sommes assemblés ches le général Mercier , commendant à Libourne, avec le citoyen Lagarde, agent national, et notre plan bien combiné; le citoyen Lagarde a fait réquisition au général du 1 0* bataillon du Becd'Embes, du 22* bataillon d'infanterie légère, et de 50 hommes du 1 2" régiment des hussards.
Le général Mercier, qui dans cette réquisition et dans la délibération par nous prise des moyens de sûreté à prendre pour faire les recherches et arrestations, avoit montré le plus grand zèle et le républicanisme le plus caractérisé, se seroit gracieusement offert de partager la mission qui nous est confiée , et avec ses adjoints et officiers ayant la tactique , les auroit Moralises sur leur devoir et sur la Discrétion que méritoit une mission de cette importance.
Une affection unanime s'étant manifestée, nous sommes partis avec la troupe, les commissaires de Sainte-Foy, Lagarde, agent national, à une heure de la nuit.
Arrivés à Saint-Emillion à deux heures et demie, le général Mergier a fait investir la ville, consigné toutes les portes et cerné quelques maisons suspectes. Mais, pour nous aider dans l'opération à faire, et pour avoir une plus ample connaissance soit des personnes, soit de la localité, étant connus du républicain Coste jeune, ci-devant membre de la commission des Trois
établie à Bordeaux, et membre du comité révolutionnaire de Libourne, domicilié à Saint-Emilion, et nous lui aurions communiqué notre mission ; espontanément il l'auroit acceptée, et avec lui, les Commissaires de Sainte-Foy, Lagarde, le Général et plusieurs Officiers des bataillons, avec un détachement, nous nous serions rendus dans la maison de Guadet père, située hors la ville du dit Saint-Emilion, qui avoit étée aussi cernée '.
Etant dans une chambre, avons fait comparoître Jean Guadet père, Marie Guadet, sa sœur, Saint-Brice Guadet, plus jeune, adjudant général suspendu du traître Custine, et deux filles à gages.
Leur ayant déclaré le fait de notre mission et fait à chacun en particulier des interpellations pour les mettre à même de dénoncer si leur maison étoit l'azile de quelques députés mis hors la loy ou de tous autres grands conspirateurs, ils ont Répondu qu'il n'y avoit personne.
Déclaré les peines qu'ils encouroient de ne pas déclarer la vérité, à l'instant nous aurions consigné dans une chambre les sus nommés , et fait une exacte recherche dans tous les endroits de la dite maison et souterrains, sans avoir pu rencontrer aucun des conspirateurs.
Avons visité les papiers de Guadet père; il ne s'y est rien trouvé de suspect.
Fait visite de ceux de Guadet jeune, en sa présence, avons trouvé huit effigies en petits cadres, sous verre,
1 Voyez l'intéressante notice de M. J. Guadet sur Saint-Émilion, 2'' édition (Paris, 1863), et le plan qui s'y trouve annexé. La maison Guadet, indiquée sous la lettre P, est effectivement hors des murs de la ville (pase 4).
du dernier des tyrans des François et de sa famille , ses brevets de service et la lettre de sa suspension.
Dans l'armoire de la tante, le portrait en gravure, format in douze, de Guadet. Nous avons le tout scellé avec le sceau de la commune.
Ayant revérifié le local, nous nous sommes convaincus que dans le sol de la dite maison, il y existoit une grande différence dans la longueur du plancher du grenier que nous avions parcouru, lequel nous a fait observer que dans une petite Entichambre il y avoit un plancher sans issue ' .
Nous avons requis Guadet père et sa sœur de nous l'indiquer, et, sur leur négative, la municipalité de Saint-Emillion a mis en réquisition Michel Bon et Pierre ChampaigjSE , charpentiers de maison , pour briser le dit plancher, ces artistes^ ayant préféré découvrir le local.
Les commissaires de Sainte-Foy, les officiers et volontaires étant montés sur le toit, ayant découvert l'endroit suspecté, coupant à coups de hache la latte feuille, le citoyen Champaigne auroit entendu la détente d'un pistolet^. Aussitôt plusieurs citoyens et commissaires s'étant animés , ils auroient répondu : « Ne faites
* « Favereau et Marcou, qui avoient parcouru plusieurs fois la maison de Guadet père, s'aperçurent que le grenier étoit moins long que le rez-de-chaussée. Ils y remontèrent, et, après l'avoir mesuré, ils se convainquirent qu'il y avoit une loge pratiquée à l'extrémité, mais à laquelle aucune ouverture apparente ne comrnuniquoit. » (Lettre d'un membre du district de Bordeaux; Moniteur, numéro du 10 messidor aa II. V. infra.)
- Artistes, sans doute pour ne pas prononcer le mot ouvriers, dd même qu'on disait alors un officieux pour un domestique.
3 Voyez la lettre de Salle à sa femme : « Au moment où l'on m'a saisi, j'ai dix fois présenté sur mon front un pistolet qui a trompé mon attente. »
rien, ceux que vous cherchez sont ici '. » Etant dans la petite Entichambre, ils auroient ouvert une trappe à laquelle nous aurions placé une échelle; l'un d'eux seroit descendu en chemise ; Interpellé de son nom , a dit se nommer Salles.
Le second étant descendu , l'avons reconnu pour être