‹ Charlotte de Corday et les Girondins (volume 2)Chapitre 8 sur 174 · ACTE I, SCENE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE I

Et par ce riche appât, corrompant tous les cœurs, Dans nos moindres cités nous créer des vengeurs? Non, non, pour les Proscrits il n'est plus d'espérance : Wimphe lui-même, amis, trompe leur confiance; Wimphe désire un Roi, pour sa caste il agit : Ne leur envions pas ce chef qui les trahit.

Ainsi donc, hardiment, consommons notre ouvrage. Ce peuple sans vertus est né pour l'esclavage. Est-ce à nos vils penchans, à nos cœurs gangrenés, Par dix siècles entiers au vice façonnés , Qu'un cri de liberté pouvoit se faire entendre? De ceux qui ne sont plus ranime-t-on la cendre ? Laissons cette chimère à ces foux orgueilleux, Déplacés dans leur siècle, et sans fruits vertueux : Nous, sachons froidement peser les circonstances; Plaçons-nous au niillieu de ces débris immenses D'un trône renversé, d'un Empire détruit : De ces grands mouvemens calculons le produit; Et dussent-ils aussi nous entraîner nous-mêmes, Puisqu'enfin aux Français il faut des chefs suprêmes. Arrachons de leurs mains ces titres glorieux; Regnons, pour n'être pas esclaves avec eux.

SECHELE.

Et cependant , des coups qu'on prépare dans l'ombre , Qui pourra nous sauver? l'audace, ni le nombre, * N'arrêtent pas la main qui frai)pe sans éclat.

AMARE

Nous pourrions demander des gardes au Sénat.

14 CHARLOTTE CORDAI.

ROBESPIERRE

Des gardes?... En effet, ce signe de puissance, Sur l'esprit du vulgaire auroit quelqu'influence.

BARRERE.

* Y pensez- vous ' ? Cromwel prit de pareils moyens. Nous sommes soupçonnés par trop de citoyens;

* N'allons pas, du scnat, croître les défiances.

DANTON

Quoi ! ces vaines terreurs troublent vos espérances? Où donc est ce Brutus, ce poignard, ces apprêts? Si quelqu'un d'entre nous pouvoit périr jamais; Si notre sang...

(En voyant entrer Bazire, ils se lèvent.)

Page 1